samedi 13 décembre 2008

Happiness: Quand le bonheur fait mouche.


Le cinéma indépendant à son meilleur, voilà ce que Happiness, film acclamé à Cannes, représente. Se détachant complètement de la comédie noire, il amène son public à rire jaune, à se désopiler comme jamais, face à des situations plus désespérantes et désespérés les unes des autres, présentées ici comme une thèse sur le bonheur et l’art de l'en faire paraître. Bien plus que brillant, voici une critique de ce grand film qui ne manque pas et n’a pas peur de déranger et de choquer.

En philosophie, on apprend qu’à la suite de Socrate, un grand nombre de philosophes ce sont penché sur le comment atteindre le bonheur et à vrai dire, on ne peut pas vraiment établir la réponse, puisque personne ne l’a. Ce film, à sa façon, fait le tour de cette question, mais ne vous attendez pas à plus de réponses que ce que les vieux philosophes auraient pu amener.

La scène d’ouverture sème le ton du film. Une scène lente, seulement deux personnages en relation, un malaise soutenu et des dialogues qui tournent en rond. Plus on avance et plus on situe lentement ce qui se passe jusqu’à ce que tout éclate et que la situation aille de pire en pire alors que toute la misère est lancée en pleine figure d’un des personnages principaux. Puis, le titre suit: Happiness. Ironique tout cela et même si tout le film ne cesse d’en tirer un portrait et ce, à travers une panoplie de personnages liés par une seule famille, allant dans des cas plutôt tordus. Il y a trois sœurs et leurs parents. On ajoute à cela les enfants et le mari d’une. Jusque là c’est simple. Mais ensuite on ajoute le personnage de Philip Seymour Hoffman qui est le voisin d’étage d’une des deux sœurs en plus d’être la patient du mari de la seule sœur à être en famillle qui s’avère être psychologue et.. Pédophile. Puis on tisse à travers eux d’autres personnages comme un russe plutôt culotté et une voisine rondelette et cinglée. Ça fait un beau portrait de la panoplie de personnages tous interprétés avec brio par une brochette d’acteurs qui ne manquent d’étonner alors qu’on se livre à leurs misères et leurs malheurs.

Il y a dans ces personnages une superficialité qui choque, étonne et enrage. Une impression de grandeur qui les monte face aux autres de peur de devoir s’écraser face à la vérité. Il y a pourtant sous les dessous des tas de problèmes, des tas de soucis bien visibles dans les moments de solitudes, dans les petits repères tranquilles et auxquelles personne ne fait jamais vraiment face, même quand cela semble inévitable.

Oui, le film illustre l’expertise qu’ont les gens de banlieue à camoufler leur malheur par l’impression de bonheur et de perfection. Il y a certes du American Beauty dans ce long-métrage, mais à un niveau beaucoup plus déjanté et osé. Où on a pas peur de choquer et de montrer les choses telles qu’elles sont, où la vérité est toujours cruelle et les fins heureuses inexistantes. Où tous ont une conception précise du bonheur qu’ils camouflent aux yeux des autres et espèrent en silence.

De façon brillante, il y a beaucoup dans ce film qui ne s’alourdit jamais, mais s’intensifie dans sa complexité psychologique. Où les silences savent autant imposer des malaises que plusieurs discussions qui laissent de glace ou de marbre tellement leur contenu sont bourrés d’invraisemblances pourtant bien réelles, au point de carrément se dire: mon dieu! Il a vraiment dit ça?

Oui, il faut être dingue pour ne pas se laisser emporter de surprise ou d’étonnement pendant ce grand film qui pousse les réflexions à un haut niveau, au point de réellement se questionner sur sa conception du bonheur et à la fin, on ne sait même plus s’il est réellement atteignable.

En conclusion, par un film qui n’a rien d’une formule hollywoodienne, qui n’a rien pour se faire sentir bien, mais qui a toutes les clés pour rehausser un petit sourire face à autant d’insanités, qui nous plonge face à face aux cruelles dessous de nos vie à caractère superficielle, qui nous confronte à la réalité existencielle, Solondz livre un énorme divertissement qui ne s’oublie pas facilement.

4½/5 jschartrand

SOLONDZ, Todd. Happiness. 134 min., son, couleur, États-Unis, 1998.

Chansons du deuxième étage: "Aimé soit celui qui s'assoit."


Un film sans scénario précis, jouant sur les lenteurs et les désespoirs du quotidien en multipliant les références religieuses peut-il réussir? Assurément. C’est d’ailleurs ce que le suisse Roy Andersson réussit à prouver en livrant un film d’une grande intensité, aussi absurde dans ces exagérations que dans ces tristes illustrations dans le magnifique Chansons du deuxième étage. En voici une critique.

Lent et misant que sur des plans séquences, la direction et les décisions du réalisateur détonnent, tout comme la magnifique composition de ces plans qui jouent sur une énorme profondeur de champ qui permet d’installer avec subtilité bien des choses en une seule scène. Complexe dans son contenu pour contrer la simplicité volontaire du visuel, misant sur la désaturation, sur le terne, le gris et le dépressif, il y a un travail méticuleux dans la mise en scène. Où chaque personnage sont aussi déprimés que déprimants, sur le bord du gouffre et se mêlant en eux-mêmes aux morts qui peuvent les hanter.

Il y a certes du Continental, un film sans fusil, dans ce film, pour sa forme et des idées qui rappellent Monty Python comme je l’ai lu sur Mediafilm, mais aussi les univers déjantés de Charlie Kaufman. Pourtant le ton trouve son unicité dans sa banalité et à quel point des tas d’événements choquant prennent une tournure misérable, voir inutile. Où le peuple est illustré comme voyeur sans agir, paresseux et ancré dans son propre univers, détaché de tous et désintéressé par tout ce qui l’entoure. Où toute la ville semble dans une envie pressante de disparaître sans trop savoir où elle va. Où tout est sur le point de s’effondrer, mais que personne semble en voie de changer quoi que ce soit.

La finesse et le raffinement ponctue les plans. Le jeu de ces non-acteurs aussi. Sans oublier la musique, toujours subtiles, jamais envahissante, se mêlant carrément à la banalité du long-métrage. D’ailleurs, la scène du métro où l’ennui gagne peu à peu les passagers au point de les unir dans un long opéra de bâillement est une des grandes scènes du film si on oubliait pendant un instant qu’elles sont presque toutes autant hallucinantes.

Brillant, misant sur les répétitions, sur les dialogues qui sonnent vide et les gestes qui sont tout autant sans aide et intérêt, le film est d’une grande puissance évocatrice, où peu de réponses sont offertes, mais plutôt bien des questions. De façon globale, on se questionne sur nos craintes, nos peurs, nos malaises, et nos interminables pourquoi. Des questions qui se multiplient au point de former en général un existentiel questionnement: mais pourquoi tout ça? Pourquoi vit-on? D’où peut-être toutes ces références à la religion catholique qui ne cesse de surgir un peu partout à travers le film sans jamais vraiment livrer de raisons d’être.

Superbe et non conventionnel, ce film a tout pour rebuter un large pourcentage du public en général, mais à ceux qui oseront sauter dans cette expérience, de se surprendre à rire où il ne faut pas et à se poser des tas de questions par la suite, auront droit à un divertissement de grande qualité.

4/5 Jschartrand

ANDERSSON, Roy. Sånger från andra våningen. 98 min., son, couleur, Suisse, Norvège et Danemark, 2000.