samedi 13 décembre 2008

Chansons du deuxième étage: "Aimé soit celui qui s'assoit."


Un film sans scénario précis, jouant sur les lenteurs et les désespoirs du quotidien en multipliant les références religieuses peut-il réussir? Assurément. C’est d’ailleurs ce que le suisse Roy Andersson réussit à prouver en livrant un film d’une grande intensité, aussi absurde dans ces exagérations que dans ces tristes illustrations dans le magnifique Chansons du deuxième étage. En voici une critique.

Lent et misant que sur des plans séquences, la direction et les décisions du réalisateur détonnent, tout comme la magnifique composition de ces plans qui jouent sur une énorme profondeur de champ qui permet d’installer avec subtilité bien des choses en une seule scène. Complexe dans son contenu pour contrer la simplicité volontaire du visuel, misant sur la désaturation, sur le terne, le gris et le dépressif, il y a un travail méticuleux dans la mise en scène. Où chaque personnage sont aussi déprimés que déprimants, sur le bord du gouffre et se mêlant en eux-mêmes aux morts qui peuvent les hanter.

Il y a certes du Continental, un film sans fusil, dans ce film, pour sa forme et des idées qui rappellent Monty Python comme je l’ai lu sur Mediafilm, mais aussi les univers déjantés de Charlie Kaufman. Pourtant le ton trouve son unicité dans sa banalité et à quel point des tas d’événements choquant prennent une tournure misérable, voir inutile. Où le peuple est illustré comme voyeur sans agir, paresseux et ancré dans son propre univers, détaché de tous et désintéressé par tout ce qui l’entoure. Où toute la ville semble dans une envie pressante de disparaître sans trop savoir où elle va. Où tout est sur le point de s’effondrer, mais que personne semble en voie de changer quoi que ce soit.

La finesse et le raffinement ponctue les plans. Le jeu de ces non-acteurs aussi. Sans oublier la musique, toujours subtiles, jamais envahissante, se mêlant carrément à la banalité du long-métrage. D’ailleurs, la scène du métro où l’ennui gagne peu à peu les passagers au point de les unir dans un long opéra de bâillement est une des grandes scènes du film si on oubliait pendant un instant qu’elles sont presque toutes autant hallucinantes.

Brillant, misant sur les répétitions, sur les dialogues qui sonnent vide et les gestes qui sont tout autant sans aide et intérêt, le film est d’une grande puissance évocatrice, où peu de réponses sont offertes, mais plutôt bien des questions. De façon globale, on se questionne sur nos craintes, nos peurs, nos malaises, et nos interminables pourquoi. Des questions qui se multiplient au point de former en général un existentiel questionnement: mais pourquoi tout ça? Pourquoi vit-on? D’où peut-être toutes ces références à la religion catholique qui ne cesse de surgir un peu partout à travers le film sans jamais vraiment livrer de raisons d’être.

Superbe et non conventionnel, ce film a tout pour rebuter un large pourcentage du public en général, mais à ceux qui oseront sauter dans cette expérience, de se surprendre à rire où il ne faut pas et à se poser des tas de questions par la suite, auront droit à un divertissement de grande qualité.

4/5 Jschartrand

ANDERSSON, Roy. Sånger från andra våningen. 98 min., son, couleur, Suisse, Norvège et Danemark, 2000.

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