jeudi 30 juillet 2009

The incredible Hulk: un jeu vidéo aux graphiques moyens, mais au scénario soigné


Franchement, je ne le cacherai à personne, je suis très peu familier avec l'univers de Hulk. Je n'ai jamais lu ni même touché à une bande dessinée de la franchise, je n'ai jamais vu les vieilles séries et comble de tout ça, je n'ai même pas vu la version que l'énigmatique Ang Lee a fait. (Bon pour ce point, à en lire ce que tout le monde en a pensé, je n'ai absolument rien manqué!). Alors comment apprivoiser la plus récente version, The incredible Hulk? Avec un sourire!

Bon, bon, je sens que vous attendez des explications. Et bien oui après un renouveau qui n'a pas fonctionné, on a pas perdu espoir en un filon qui pourrait rapporter. Voulant épuiser les superhéros dans cette vague qui étouffe depuis déjà bien des années, afin d'offrir au public qui demande toujours plus, on a voulu redonner au géant vert le mérite qu'il a l'habitude d'avoir et on a relancé sa franchise. Au menu? Un nouveau réalisateur, un renouveau dans l'histoire et une nouvelle distribution. Bref, on repart en neuf.

Est-ce une bonne nouvelle? Oui. On se retrouve à bord d'une équipe qui déborde de compétences. Qui, mais qui contredirait le talent de l'incroyable Edward Norton à l'impressionnante filmographie? Sûrement peu de gens. (Bien qu'on ne se le cachera pas, cela reste bien marrant de le voir se camoufler en un sosie de Shia Labeouf avec comme seuls armes un polar et une casquette, ce qu'il a l'air d'un gamin!, comme quoi entre sa forme humaine et.. l'autre forme, cela fait tout une différence.)

Puisqu'on ne se le cachera pas, le terme superhéros doit rallonger ses frontières s'il compte y inclure Hulk à l'intérieur, du moins, pour ce film. C'est d'ailleurs là le côté le plus fascinant de ce personnage puisque le dilemme est en lui-même. Le méchant, c'est son alter-ego qu'il n'arrive pas à contrôler et qui l'empêche de vivre normalement. (Résultat d'une expérience scientifique qui a mal tourné, typique de notre cher Stan Lee qui évidemment fait de moins en moins subtilement son habituel cameo).

Ainsi, le scénario commence sans faille et livre la marchandise avec grand succès, jusqu'à ce qu'on décide que ce n'est pas assez, que c'est un blockbuster et qu'il faut en mettre plein la vue. C'est là que ça se gâte.

Effectivement on amène le personnage de Tim Roth sorte de psychopathe maniaque avide de pouvoir et apparemment sans raisons qui s'avèrera encore plus incontrôlable que "Hulk" lui-même au point d'en devenir un monstre encore plus horrifiant. De quoi épater la galerie pour le combat final avec une bataille artificielle sans bon sens.

D'ailleurs c'est le détail majeur qui cloche. Les effets spéciaux sont mauvais et mal fait. Hulk est horrible (pas seulement du côté physique) [On est loin de l'époque où Hulk était un humain réel peinturé de vert, cela dit...] et tout le reste.. Catastrophique. À beaucoup trop de moment on a l'impression d'assister à un mauvais jeu vidéo sans même pouvoir prendre les commandes. C'est frustrant à plus d'un niveau. Surtout quand on suppose que le budget devait y être.

Heureusement, on se console, car comme dit plus tôt, la distribution est agréable (la toujours délicieuse Liv Tyler) et au commande, Louis Leterrier sait ce qu'il fait. Après avoir délaissé le transporteur, il s'approprie un personnage qui étrangement, tout en étant différent, reste tout de même similaire. Sorte de superhéros imprévisible, incontrôlable, mais diablement calme quand on ne le fâche pas.

Ainsi, on se retrouve avec un film qui par moment prouve qu'il a envie de prendre les directions que des films comme The Dark Knight prennent, en visant des pays étrangers, des fabriques industriels et d'autres regards sur des sujets politiques, sociaux ou autre qui n'ont pas toujours la place dans ces univers fantaisistes, mais de l'autre on finit toujours par en revenir aux exigences des blockbuster habituels, ce qui vient gâcher à plus d'un moment notre appréciation du film.

Heureusement, malgré ce bon scénario ruiné par des effets spéciaux de piètre qualité doublé du désir de vouloir absolument impressionner, la dernière note du film a tout pour exciter et nous garder en haleine tout comme la scène secrète à la fin du générique de Iron Man avait le don de le faire, au point de (surprenamment) en redemander.

2.5/5 Jschartrand

LETERRIER, Louis. The incredible Hulk, 112 min., son, couleurs, Etats-Unis, 2008.

dimanche 26 juillet 2009

Storytelling: y a-t-il vraiment un écart entre la réalité et la fiction?


Dur de récidiver après un chef-d'oeuvre comme Happiness? On pourrait croire que oui. Pourtant en usant de son savoir faire Todd Solondz parvient à tirer avec aisance son épingle du jeu en reprenant son style particulier et en poussant à d'autres extrêmes sa réflexion sur les petites vies bourgeoises. L’étonnante spontanéité de l’ensemble laisse croire qu’étonnamment, il lui en restait encore à vider!

En effet, Storytelling n'apparaît pas nécessairement comme une suite d'Happiness, mais il se lie facilement avec l'univers de ce dernier alors qu'on y reconnaît sans problèmes l'environnement, mais aussi le style du créateur. La forme de ce nouvel opus laisse également envisager que ce film pourrait bien représenter des histoires qui n'ont pas été retenues pour Happiness alors qu'on le sépare entre deux parties distinctes qui ne se lient pas entre eux.

D'un côté l'histoire fictive et de l'autre, l'histoire non-fictive. Il y a sûrement beaucoup plus qu'une simple pointe d'ironie dans cette façon de répertorier les parties, mais cela s'oublie vite alors qu'on passe par une gamme d'émotions à travers ces deux histoires qui étonnent au fur et à mesure qu'on s‘enfonce dans chacune d‘entre elles.

Par contre, la première effraie quelque peu. Plus dramatique, moins humoristique, plus neutre, on y parle peu et on y est très direct. Cela effraie quant au ton que le film pourrait prendre. Mais bon, on ne chiale pas trop et on s'enfonce dans cette histoire sans fin alors qu'une étudiante quelque peu blasée de sa relation avec un infirme décide sans trop être consciente de suivre son professeur jusqu'au bout....

Provocante, l'histoire choque et a de quoi faire réagir et pourrait même faire perdre certains spectateurs pour ceux qui ne connaissent pas le style de Solondz.

Si cela était le cas, ce serait une bien grave erreur alors que la seconde partie (à propos d'un homme aux grandes ambitions sans trop d'initiatives qui se lance dans la réalisation d'un documentaire sur une famille typique moderne et d'un de leurs enfants qui devraient normalement se rendre à l'université) se lance avec brio dans ce mélange fortement équilibré de drame, d'humour, de critique, d'ironie et de tout ce que vous voudrez qui faisait bel et bien le succès de Happiness. Sans jamais l'égaler, on ne peut cacher que Todd Solondz est plus que talentueux. Son regard sur la société est acéré, son écriture modèle et sa mise en scène parfaite. Chaque détails aussi minime soit-il est réfléchi avec intelligence pour créer exactement l'effet souhaiter et ça c'est un grand savoir faire.

Fort de dialogues savoureux et de performances lumineuses grâce à cette excellente distribution, Solondz livre ainsi un film qui ne manque pas d'écorcher à plus d'un moment. Jusqu'où ira-t-il? Cela pourrait bien être la question qui nous traverse l'esprit pendant le film, mais le fait est qu'il va justement vers des directions qu'on aurait même pas imaginer.

Ce qui déçoit? Sa durée. C'est court, très. Et cela déçoit encore plus quand on apprend qu'une troisième histoire était existante au départ, mais que sans de raisons formelles elle fut abandonnée au produit final.

Enfin, on se console avec ce qu'on a et on savoure chaque moment de ce film qui pourrait avoir tout pour repousser, mais qui au final a de quoi faire réagir tout en divertissant de façon fort intelligente. Bravo!

4/5 jschartrand

SOLONDZ, Todd. Storytelling, 87 min., son, couleurs, Etats-Unis, 2001.