dimanche 26 juillet 2009

Storytelling: y a-t-il vraiment un écart entre la réalité et la fiction?


Dur de récidiver après un chef-d'oeuvre comme Happiness? On pourrait croire que oui. Pourtant en usant de son savoir faire Todd Solondz parvient à tirer avec aisance son épingle du jeu en reprenant son style particulier et en poussant à d'autres extrêmes sa réflexion sur les petites vies bourgeoises. L’étonnante spontanéité de l’ensemble laisse croire qu’étonnamment, il lui en restait encore à vider!

En effet, Storytelling n'apparaît pas nécessairement comme une suite d'Happiness, mais il se lie facilement avec l'univers de ce dernier alors qu'on y reconnaît sans problèmes l'environnement, mais aussi le style du créateur. La forme de ce nouvel opus laisse également envisager que ce film pourrait bien représenter des histoires qui n'ont pas été retenues pour Happiness alors qu'on le sépare entre deux parties distinctes qui ne se lient pas entre eux.

D'un côté l'histoire fictive et de l'autre, l'histoire non-fictive. Il y a sûrement beaucoup plus qu'une simple pointe d'ironie dans cette façon de répertorier les parties, mais cela s'oublie vite alors qu'on passe par une gamme d'émotions à travers ces deux histoires qui étonnent au fur et à mesure qu'on s‘enfonce dans chacune d‘entre elles.

Par contre, la première effraie quelque peu. Plus dramatique, moins humoristique, plus neutre, on y parle peu et on y est très direct. Cela effraie quant au ton que le film pourrait prendre. Mais bon, on ne chiale pas trop et on s'enfonce dans cette histoire sans fin alors qu'une étudiante quelque peu blasée de sa relation avec un infirme décide sans trop être consciente de suivre son professeur jusqu'au bout....

Provocante, l'histoire choque et a de quoi faire réagir et pourrait même faire perdre certains spectateurs pour ceux qui ne connaissent pas le style de Solondz.

Si cela était le cas, ce serait une bien grave erreur alors que la seconde partie (à propos d'un homme aux grandes ambitions sans trop d'initiatives qui se lance dans la réalisation d'un documentaire sur une famille typique moderne et d'un de leurs enfants qui devraient normalement se rendre à l'université) se lance avec brio dans ce mélange fortement équilibré de drame, d'humour, de critique, d'ironie et de tout ce que vous voudrez qui faisait bel et bien le succès de Happiness. Sans jamais l'égaler, on ne peut cacher que Todd Solondz est plus que talentueux. Son regard sur la société est acéré, son écriture modèle et sa mise en scène parfaite. Chaque détails aussi minime soit-il est réfléchi avec intelligence pour créer exactement l'effet souhaiter et ça c'est un grand savoir faire.

Fort de dialogues savoureux et de performances lumineuses grâce à cette excellente distribution, Solondz livre ainsi un film qui ne manque pas d'écorcher à plus d'un moment. Jusqu'où ira-t-il? Cela pourrait bien être la question qui nous traverse l'esprit pendant le film, mais le fait est qu'il va justement vers des directions qu'on aurait même pas imaginer.

Ce qui déçoit? Sa durée. C'est court, très. Et cela déçoit encore plus quand on apprend qu'une troisième histoire était existante au départ, mais que sans de raisons formelles elle fut abandonnée au produit final.

Enfin, on se console avec ce qu'on a et on savoure chaque moment de ce film qui pourrait avoir tout pour repousser, mais qui au final a de quoi faire réagir tout en divertissant de façon fort intelligente. Bravo!

4/5 jschartrand

SOLONDZ, Todd. Storytelling, 87 min., son, couleurs, Etats-Unis, 2001.

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