jeudi 21 mai 2009

Boy A: Doit-on pardonner?


Un film juste, profond, émouvant, éprouvant même, qui ne se dévoilera qu'au fur et à mesure qu'on en comprendra ses intentions. Critique de Boy A, un film anglais qu'ont ne doit absolument pas négliger.

La rédemption, le pardon, les erreurs de jeunesse amplifiées à un niveau incontrôlable. Voilà ce qu'on peut retrouver dans ce film. C'est ce qu'on ressent aux premiers abords? Non et c'est là mon erreur, celle d'avoir douté. Douté que ce film n'avait aucunes idées de ce qu'il faisait ou de où il se dirigeait. Douté que ce film marcherait sur moi comme durant tous ces festivals où il a été applaudi. De cela, j'aimerais me faire pardonner.

Non, aux premiers abords on a droit à un univers morne, gris, quelque peu vide et plutôt silencieux où un jeune homme est relâché de prison. Ce dernier est grandement épaulé par un père qui essuie de son côté un conflit père-fils qui n'est pas du tout à négliger.. Oh ça non. Pour notre protagoniste? Nouveau nom, nouvelle identité, passé caché. On y suit sa réhabilitation dans un monde qui face à l'inconnu l'accepte sans trop de peine.

Des visages ordinaires, peu connus, cela pourrait être autant vous que moi. On se fond dans cet environnement et on en adopte le ton, l'accent britannique tonitruant et les contre-jour utilisés avec audace, ramenant à l'avant les traits humains et non ceux des acteurs, ajoutant à l'anonymat de ces personnages qui représentent des types de personne plus que des personnages en particulier.

Plus le film avance et plus sa réhabilitation se passe bien, plus ses connaissances s'animent, ses histoires de cœur s‘enflamment, son emploi prend forme. Tout semble bien se passer alors qu'en parallèle ressurgit peu à peu son passé. Un passé si brut, rempli de violence face à une amitié qu'on ne comprend pas. Un peu comme si cette amitié avait tout de repoussant, mais qu'au fond, pour ce jeune homme abandonné et méprisé de tous, il trouvait enfin la seule chose qu'il avait besoin, au point de tout se permettre.

Lentement les pièces du puzzle s'offrent à nous autant dans le présent que dans le passé. Puis, alors que dans le présent tout semble aller bien, le passé surgira avec force, étalant tout ce que le film a de le ventre.

Doit-on pardonner? Là, les scènes puissantes ressurgiront. Là, l'émotion se fera ressentir et on se fera emporter dans un tourbillon de sentiments indescriptibles qui nous envahiront de tout notre être. Les répliques seront dites tel un coup au visage et tout ce qu'on aura vu auparavant ne sera que plus efficace pour mieux comprendre tout ce que notre protagoniste semble vivre.

Où est la justice au fond et que peuvent bien vouloir dire de "simples" erreurs de jeunesses?

On ne pardonne pas entièrement au protagoniste, mais on ne le condamne pas non plus. On nous immerge dans sa situation, afin d'en comprendre chaque ressort, en nous offrant le choix, même à la fin, de l’accepter et de lui pardonner ou d’entièrement le condamner.

De plus, Le tout est exécuté avec une telle justesse et une telle sincérité, on ne cherche pas absolument les larmes ou la pitié, on fait ressentir et ce, avec force. Il n'y a pas de prétentions ici et l'expérience devient totale.

De mon côté, complètement submergé, je ne souhaitais qu'une chose, pardonner et être pardonné d'avoir honteusement douté. Si beau, si subtil, si magnifique. Fortement recommandé.

4/5 Jschartrand

CROWLEY, John. Boy A. 100 min., son, couleurs, Royaume-Uni, 2007.

...maman est chez le coiffeur: les enfants déprimés


...maman est chez le coiffeur pourrait s'apparenter à bien des choses, mais quelque chose d'autant déprimant que beau plane sur ce film de Léa Pool.

Près de quatre années se sont écoulées depuis son dernier film, le fort décevant Papillon bleu. Alors bon, Léa Pool, imposante et plutôt rare femme cinéaste dans le milieu québécois, ne pouvait que mieux récidiver. Le hic? Tomber dans la même année que C'est pas moi, je le jure! Il est très difficile de passer sous silence les nombreuses ressemblances qui unissent ces deux films. Au point où on pourrait dire de celui de Léa Pool qu'il en est comme le penchant féminin.

Il y a l'époque (très bien recréée), il y a l'importance dominante des enfants (plutôt bien dirigés), il y a le désespoir (fortement appuyé), le ton mélancolique (constamment représenté) et le point tournant: le départ de la mère qui chamboule tout.

Pourtant, si l'ambiance chaleureuse des vacances, les couleurs rayonnantes de l'été et le son ambiant de la chaleur laisse prévoir une jolie comédie sur le temps des vacances et la folie qui l'entoure, ce qui nous est servi change rapidement de ton pour offrir un drame souvent lourd et où il devient difficile d'y échapper.

Il y a également un côté guerre des tuques/la forteresse suspendue dans la façon d'utiliser les enfants, de les faire interagir ou de les utiliser. C'est d'ailleurs ce qui accroche souvent: les dialogues. Non pas qu'ils ne soient pas bien écrits, ils ont une certaine poésie et de fortes images qui touchent profondément, mais le tout manque un peu de réalisme, de naturel. Autant chez les adultes que les enfants.

De plus, tout au long du film l'élément pilier va manquer: Céline Bonnier. Magnifique dans ce rôle de femme attentionnée, dévouée, délaissée, détruite, désespérée et autre. Lorsqu'elle quittera, personne n'arrivera à s'en remettre autant du côté des personnages que chez le spectateur. Cependant, est-ce que cela doit être vu comme une faille ou un coup de génie d'avoir réussi à transmettre exactement au public le sentiment de ses personnages?

Dur à dire.

Ainsi tout ira sans dessus dessous au point de ne plus savoir où se diriger, mais le tout demeurera très dramatique et dans un sens très beau.

Suivant avec brio le désespoir descendant de chaque personnage qui ne savent pas trop quoi faire, comment vivre, comment réagir, comment être avec qui.

Bien que l'histoire ne captivera pas du début à la fin, elle aura un certain don pour hanter bien longtemps.

3½/5 Jschartrand

POOL, Léa. …maman est chez le coiffeur. 97 min., son, couleurs, Québec, 2008.

Far from heaven: enfer de différences


Bien évidemment Far from heaven fascinera beaucoup plus les grands amateurs de cinéma que ceux qui écoutent un film seulement pour le divertissement. Malgré tout, et c'est ce qui est admirable avec ce film, on peut l'apprécier à bien des niveaux.

Far from heaven n'était que le début, Todd Haynes a prouvé avec son dernier film qu'il s'adressait à une catégorie particulière de spectateur. Effectivement, I'm not there qui s'avérait être un film biographique des plus original (illustrer le personnage à travers ses différentes personnalités tous interprétés par des acteurs différents dont l'inoubliable performance de Cate Blanchett, fallait le faire!), n'arrivaient à satisfaire que les plus grands « trippeux » du 7e art prêt à baver devant un tel chef-d’œuvre au risque de ne rien y comprendre.

Far from heaven, moins intense, se veut un incroyable hommage aux films des années 50. La reconstitution est magnifique non seulement dans les costumes, les décors, mais aussi du point de vue technique. La teinte du film est très "Technicolor", les fondus, quelques imperfections de raccords, une caméra plutôt figé, même dans ses mouvements, des angles qui vont un peu dans tous les sens, mais ne restent jamais très statique. On a d'ailleurs, à bien des points, fait le film de la même façon qu'aux années 50. Bref, une technique implacable qui fera reculer les spectateurs normaux habitué aux normes de notre époque, mais qui fera sans contredit baver les plus grands amateurs.

La musique aussi chavire l'oreille par une incroyable mélodie, dernière composition du regretté Elmer Bernstein, mais qui écorche ici et là pour insister sur plusieurs tensions dramatiques.

Les interprétations? Quel beau casting! La toujours excellente Patricia Clarkson, un très juste et chaleureux Dennis Hasybert, un bien modeste Dennis Quaid, une touchante Viola Davis (avant Doubt) et bien évidemment, la toujours excellente, hallucinante et renversante Julianne Moore dans un rôle si noble et beau.

Alors derrière toute cette excellente réalisation, que se cache-t-il? Une histoire qui n'intéresse pas? Au contraire, Todd Haynes s'en est également chargé et il livre ici un récit magnifique, poignant, navrant et touchant qui se centre sur les différences et la difficulté de la société à accepter ce qui n'est pas commun.

Cathy Whitaker est la femme parfaite, le modèle idéal et de plus, elle est très ouverte et moderne dans sa façon de penser. C'est donc dans cette voie qu'elle pourra très bien vivre avec l'orientation ambiguë de son mari et se tisser une belle amitié avec son jardinier noir. Malheureusement, ce monde où elle aimerait tant vivre n'existe pas encore.

Récit à la fois touchant, beau, contemplatif, percutant et profond, l'histoire nous prend grâce à son magnifique rythme et toutes les qualités énumérées auparavant qui composent cet excellent long-métrage. Incroyable.

4½/5 Jschartrand

HAYNES, Todd. Far From heaven. 107 min., son, couleurs, France, Etats-Unis, 2002.