jeudi 21 mai 2009

Far from heaven: enfer de différences


Bien évidemment Far from heaven fascinera beaucoup plus les grands amateurs de cinéma que ceux qui écoutent un film seulement pour le divertissement. Malgré tout, et c'est ce qui est admirable avec ce film, on peut l'apprécier à bien des niveaux.

Far from heaven n'était que le début, Todd Haynes a prouvé avec son dernier film qu'il s'adressait à une catégorie particulière de spectateur. Effectivement, I'm not there qui s'avérait être un film biographique des plus original (illustrer le personnage à travers ses différentes personnalités tous interprétés par des acteurs différents dont l'inoubliable performance de Cate Blanchett, fallait le faire!), n'arrivaient à satisfaire que les plus grands « trippeux » du 7e art prêt à baver devant un tel chef-d’œuvre au risque de ne rien y comprendre.

Far from heaven, moins intense, se veut un incroyable hommage aux films des années 50. La reconstitution est magnifique non seulement dans les costumes, les décors, mais aussi du point de vue technique. La teinte du film est très "Technicolor", les fondus, quelques imperfections de raccords, une caméra plutôt figé, même dans ses mouvements, des angles qui vont un peu dans tous les sens, mais ne restent jamais très statique. On a d'ailleurs, à bien des points, fait le film de la même façon qu'aux années 50. Bref, une technique implacable qui fera reculer les spectateurs normaux habitué aux normes de notre époque, mais qui fera sans contredit baver les plus grands amateurs.

La musique aussi chavire l'oreille par une incroyable mélodie, dernière composition du regretté Elmer Bernstein, mais qui écorche ici et là pour insister sur plusieurs tensions dramatiques.

Les interprétations? Quel beau casting! La toujours excellente Patricia Clarkson, un très juste et chaleureux Dennis Hasybert, un bien modeste Dennis Quaid, une touchante Viola Davis (avant Doubt) et bien évidemment, la toujours excellente, hallucinante et renversante Julianne Moore dans un rôle si noble et beau.

Alors derrière toute cette excellente réalisation, que se cache-t-il? Une histoire qui n'intéresse pas? Au contraire, Todd Haynes s'en est également chargé et il livre ici un récit magnifique, poignant, navrant et touchant qui se centre sur les différences et la difficulté de la société à accepter ce qui n'est pas commun.

Cathy Whitaker est la femme parfaite, le modèle idéal et de plus, elle est très ouverte et moderne dans sa façon de penser. C'est donc dans cette voie qu'elle pourra très bien vivre avec l'orientation ambiguë de son mari et se tisser une belle amitié avec son jardinier noir. Malheureusement, ce monde où elle aimerait tant vivre n'existe pas encore.

Récit à la fois touchant, beau, contemplatif, percutant et profond, l'histoire nous prend grâce à son magnifique rythme et toutes les qualités énumérées auparavant qui composent cet excellent long-métrage. Incroyable.

4½/5 Jschartrand

HAYNES, Todd. Far From heaven. 107 min., son, couleurs, France, Etats-Unis, 2002.

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