jeudi 21 mai 2009

...maman est chez le coiffeur: les enfants déprimés


...maman est chez le coiffeur pourrait s'apparenter à bien des choses, mais quelque chose d'autant déprimant que beau plane sur ce film de Léa Pool.

Près de quatre années se sont écoulées depuis son dernier film, le fort décevant Papillon bleu. Alors bon, Léa Pool, imposante et plutôt rare femme cinéaste dans le milieu québécois, ne pouvait que mieux récidiver. Le hic? Tomber dans la même année que C'est pas moi, je le jure! Il est très difficile de passer sous silence les nombreuses ressemblances qui unissent ces deux films. Au point où on pourrait dire de celui de Léa Pool qu'il en est comme le penchant féminin.

Il y a l'époque (très bien recréée), il y a l'importance dominante des enfants (plutôt bien dirigés), il y a le désespoir (fortement appuyé), le ton mélancolique (constamment représenté) et le point tournant: le départ de la mère qui chamboule tout.

Pourtant, si l'ambiance chaleureuse des vacances, les couleurs rayonnantes de l'été et le son ambiant de la chaleur laisse prévoir une jolie comédie sur le temps des vacances et la folie qui l'entoure, ce qui nous est servi change rapidement de ton pour offrir un drame souvent lourd et où il devient difficile d'y échapper.

Il y a également un côté guerre des tuques/la forteresse suspendue dans la façon d'utiliser les enfants, de les faire interagir ou de les utiliser. C'est d'ailleurs ce qui accroche souvent: les dialogues. Non pas qu'ils ne soient pas bien écrits, ils ont une certaine poésie et de fortes images qui touchent profondément, mais le tout manque un peu de réalisme, de naturel. Autant chez les adultes que les enfants.

De plus, tout au long du film l'élément pilier va manquer: Céline Bonnier. Magnifique dans ce rôle de femme attentionnée, dévouée, délaissée, détruite, désespérée et autre. Lorsqu'elle quittera, personne n'arrivera à s'en remettre autant du côté des personnages que chez le spectateur. Cependant, est-ce que cela doit être vu comme une faille ou un coup de génie d'avoir réussi à transmettre exactement au public le sentiment de ses personnages?

Dur à dire.

Ainsi tout ira sans dessus dessous au point de ne plus savoir où se diriger, mais le tout demeurera très dramatique et dans un sens très beau.

Suivant avec brio le désespoir descendant de chaque personnage qui ne savent pas trop quoi faire, comment vivre, comment réagir, comment être avec qui.

Bien que l'histoire ne captivera pas du début à la fin, elle aura un certain don pour hanter bien longtemps.

3½/5 Jschartrand

POOL, Léa. …maman est chez le coiffeur. 97 min., son, couleurs, Québec, 2008.

Aucun commentaire: