vendredi 8 janvier 2010

À l'ouest de Pluton: cap sur la vie


On a jamais délaissé la jeunesse et on aime bien l'observer, tenter de la comprendre et par une approche non pas tant originale, mais exécutée de façon quasi-exemplaire, À l'ouest de Pluton se laisse savourer avec admiration.

Côté cinéma-vérité débordant sur la fiction (ou le contraire selon comment on aime bien le voir) il est difficile de faire mieux. Fictive cette histoire? On a du mal à départager le vrai du faux. Tout est si réaliste, si cru, si beau, si vrai. Campés par des inconnus et des jeunes qui se donnent tel qu'ils sont, on a l'impression d'assister à l'observation quotidienne de ces adultes à en devenir.

Rien de bien extraordinaire dans ce film. Le scénario n'est pas banal, il est ordinaire, mais c'est la profondeur réaliste qui donne tout. Après tout ce n'est que la chronique d'un 24h, un simple 24h alors qu'en réalité il y en a aurait tellement plus à raconter. Cependant tout en restant vaste, on se concentre sur certains points bien précis, évitant ainsi de se perdre ou de désintéresser trop facilement. Belle réussite de ce côté. Il est facile de se perdre dans des chemins moins intéressants ou de trop dans ce genre de films et ça ne se produit presque pas ici.

J'y ai réfléchi et je ne sais pas à quel moment il est mieux d'écouter ce film. Serait-il préférable de l'écouter étant jeune face à ce qui s'en vient? De le voir en pleine adolescence et de s'y retrouver? Vers la fin de l'adolescence pour s'y reconnaître et ensuite s'en éloigner? (Je me situe dans cette catégorie d'ailleurs) À la fin de l'adolescence pour se remémorer? Étant adultes, étant parents? Je ne sais pas vraiment. Ce qui est sûr c'est que ce qu'on en pensera changera du tout au tout.

C'est d'ailleurs ce qui est beau avec le film. On expose, on lance des pistes, mais on ne les dirige pas. Les adolescents illustrés ici ne sont pas élogés, rabaissés, humiliés, réprimandés ou quoi que ce soit. On les laisse vivre et c'est tout. Doit-on être en accord avec ce qu'ils font? De quel côté doit-on se ranger? On ne nous le dit pas. Tout vient avec notre jugement personnel et c'est tant mieux.

En quelque part cette profondeur beaucoup plus libre et moins écrite qu'un certain Tout est parfait, le rend meilleur sur plusieurs points. Le traitement quelque peu documentaire et plus vaste le rend aussi plus fascinant qu'un certain Entre les murs, bien que ce dernier malgré un relâchement va sa fin n‘en est pas moins excellent et fort efficace. (Tout ceci selon mon propre avis évidemment). Et après tout, vous y lisez l'avis d'un presque plus adolescent qui s'y est reconnu, qui y a frissonné et qui a savouré presque chaque parcelle de ce film aux détours imprévisibles.

C'est beau, touchant et c'est là. Simplement là. Et c'est ce qui fait la beauté de la chose. Comment ne pas sourire avec nostalgie avec tout ce parallèle planétaire, un peu comme si on nous confinait dans cette galaxie éloignée pourtant si près de nous, mais qu'on semble connaitre encore moins que les étoiles elles-mêmes.. Fortement recommandé.

4/5 Jschartrand

BERNADET, Henry et VERREAULT, Myriam. À l’ouest de Pluton, son, couleurs, Québec, 2008.

Watchmen: héroïsme mélancolique


Je dois l'avouer, il y a longtemps que j'ai vu Watchmen et que ma critique traîne. Cette oeuvre est si dense, on parle tout de même de 162 minutes (alors que la version longue prévue en dvd devrait en faire 190), que je ne savais pas par où m'y prendre. Pourtant, bien plus tard, je prends le taureau par les cornes et je vous parle de cette oeuvre intéressante à bien des niveaux.

Alan Moore peut se considérer chanceux, il est rare de nos jours que toutes nos oeuvres soient assurés d'un succès quasi-immédiat, dans un premier temps, mais aussi d'une indéniable qualité. (Comment ne pas penser à Philip K. Dick, le maudit, la punition d'Astérix ou mêmes ces trillions d'adaptation de bande dessinés de super-héros qui n'ont rien de bien différent à insuffler et dont on ne fait qu'ajouter un nouveau chiffre à chaque année..(avant que les grands fans ne s'insurgent je prends le temps de lancer un clin d'oeil aux exceptions tel The Dark Knight))

Non, à l'exception près de The League of Extraordinary Gentlemen, dont le résultat fut loin d'être convainquant et franchement pas autant fascinant qu'il aurait pu être, Alan Moore s'est toujours vu offrir de très intéressantes adaptations. En commençant par From hell qui racontait l'histoire de Jack l'éventreur à travers l'enquête du protagoniste interprété par nul autre que Johnny Depp. Disons que confié dans les mains des frères Hugues, on avait eu droit à un visuel plutôt fascinant malgré quelques lacunes ici et là.

La suite ne pouvait être que plus belle.

Effectivement, c'est l'adaptation de V for Vendetta qui a suivie, confiée dans les mains de James Mcteigue à la réalisation, supporté des frères Wachowski (The Matrix Trilogy) à la scénarisation. Un pur chef-d'oeuvre. Au risque de retranscrire ma critique, on avait droit à une conversion magistrale de l'histoire originalement écrite pour des années déjà passés à un futur proche sous le poids de ses dirigeants. Magnifique interprété par un Hugo Weaving dont on ne verra jamais le visage et une plus que puissante Natalie Portman, le film utilisait le canevas Hollywoodien des films d'actions à son avantage pour pousser la sauce et la réflexion beaucoup plus loin qu'on ne le demande. Tout en se permettant de reproduire à bien des niveaux de perfection la bande dessiné originelle, d'après quelques exemples que j'ai pu comparer.

Alors, qu'est-ce que le futur pouvait bien nous réserver? Oui, Watchmen.

Bon, comme vous vous en douter, je n'ai pas lu la bande dessinée, bien que l'envie m'a traversé l'esprit de bien nombreuses fois et que je finirai sûrement par en effectuer la tâche. Malheureusement pour le moment, il m'est impossible de baser ma critique sur le mode comparatif.

Ainsi, le projet cru longtemps impossible se voyait confié à un réalisateur qui avait détonné avec sa vision très particulière de la bande dessiné 300 de Frank Miller. En effet Zach Snyder avait tourné à Montréal un film uniquement en image de synthèse et qui misait tout sur le visuel (un peu en mode bande dessinée quoi) délaissant beaucoup le scénario qui s'avérait être une grande lacune face à ce désir de surutiliser la narration ce qui finissait par fortement agacer.

Et bien rassurons-nous, avec Watchmen, Zach Snyder prouve que 300 n'était pas un coup de chance et qu'effectivement le film laissait promettre une carrière plutôt intéressante.

Tout à l'heure je parlais des trillions d'adaptations cinématographiques de superhéros manquant de saveur? Et bien pour sa grande majorité, Watchmen détonne en abordant le sujet de façon très peu conventionnelle. C'est d'ailleurs ce qui détachera un bon nombre de spectateur qui chercheront un "film de superhéros" puisque ce qui est à l'honneur pour presque les deux tiers du film, c'est les superhéros dans leur déchéance, dans une époque déchus où on a plus besoin d'eux et où, hantés par leurs propres démons, ils repensent mélancoliquement au passé, au bon vieux temps. Le ton habilement donné avec le sublime générique sur une chanson très atmosphérique de Bob Dylan. (Prendre en note la très efficace bande sonore quelque fois sous-utilisée, un peu comme si on avait pas pu faire des choix quant aux hits musicaux à y insérer).

L'époque? La guerre froide. Cela permet donc bien des références historiques habilement utilisées à leur avantage.

Les personnages? Des héros qui n'ont rien d'extraordinaire, ni rien d'extravagant dans leurs pouvoirs, mais qui détonnent par leur humanité et ainsi du même coup, par leur défauts. Tous portés par d'excellentes interprétations par des acteurs ni trop ou pas assez connus.

Les réflexions, les détresses, les déprimes, tout est si bien représenté et étendue avec une telle habileté qu'il est difficile de résister. Tout comme face à ce style si bien maîtrisé (Snyder continue d'habilement jouer sur la vitesse, les accélérés et les ralentis) et des effets spéciaux qui aiment en mettre plein la vue sans jamais nuire à l'histoire, mais sans jamais décevoir non plus.

Quelle est la réelle utilité des superhéros? Sont-ils des menaces ou une aide? Sont-ils vraiment bons? Peut-on vraiment mettre notre vie entre leurs mains? L'être humain mérite-t-il d'être sauvé? Que fait-on du présent? Vivons-nous dans le passé? Ainsi se multiplient les différentes questions existentielles, un peu comme si tout ces superhéros étaient en séance de thérapie intérieure et qu'on y était confinés avec eux.

Où cela se corse, sans nécessairement handicapé trop sévèrement l’ensemble ni l’intérêt, c'est dans sa dernière partie où le film pardonne sa mélancolie pour tomber dans la plus pure tradition des films de superhéros: trahison, sauver le monde, sacrifice, bataille, impuissance, méchants, gentils, complots, etc. Brisant un peu le moule qu'il s'était si habilement créer tout au long.

Heureusement, par sa fin au Happy end plutôt surprenant, on ne peut cacher les quelques frissons qui sauront nous parcourir.

Ne reste plus qu'à voir tout ce qui nous a été retiré lorsque la version longue sera enfin dévoilée.

Pour le moment, malgré quelques faiblesses, on gardera en tête une orgie de moments puissants, de réflexions poussées et d'inoubliables frissons.

Bien sûr ce n'est pas unique ni le film du siècle, mais pour ce qu'il en est, le film est loin du navet qu'il aurait pu être, mais peut-être pas non plus si près du chef-d'oeuvre qu'il aurait pu être également (?)

Note: vu en IMAX version originale, l'expérience était tout de même amplifié, l'image catapultait à nos visage ce monde passé pourtant si futuriste et le son, converti, donnait l'impression que tout se déroulait pas seulement sous nos yeux, mais près de nous.

En somme, malgré son penchant pour certaines conventions, c'est lorsqu'il y échappe que le film est à son meilleur et considérant que pendant bien longtemps Watchmen réussira à sortir de son moule, il y a de quoi dire qu'on passera un très bon moment à quiconque osera bien regarder le monde de l'extérieur et oser s'avouer que tout n'est peut-être pas aussi beau qu'on le croit.

Retour sur le Director’s cut

Le long-métrage ne perd absolument rien de sa force évocatrice. À vrai dire, une deuxième écoute améliore le visionnement alors qu'au-delà de l'émerveillement, on savoure chaque moment en prenant et en accordant plus de temps à la réflexion.

De plus, cette version allongée privilégie d'autres très bons moments alors que rien ne semble laissé au hasard. Parmi ceux-ci, une mort significative est ajoutée et elle s'avère être une des plus belles scènes du film.

Il y a également plus d'emphase accordée à Rorschach, donc plusieurs moments de narrations ajoutés. En somme, une expérience raffinée, par moment plus violente, mais toujours autant significative, ce qui continue de laisser croire que Watchmen sera sûrement une oeuvre cinématographique significative, en quelque sorte. Du moins, plus que 300, l'oeuvre précédente du réalisateur.

À voir absolument pour tout ceux qui ont apprécié, adoré ou été conquis par la première version de ce chef-d'oeuvre montrant des super-héros sur des travers inattendus. Pour ceux qui n'ont pas apprécié, qu'ils ne s'attendent pas à y trouver leur compte avec ces 25 minutes additionnelles qui ne changent en rien la vision première et la ligne narrative.

À noter également que l’ultime version de 215 minutes est également disponible, mais jusqu’à aujourd’hui, moi, je ne me suis pas encore rendu jusque là.

P.s. la totalité des différences détaillées peut être trouvée en suivant ce lien: http://movie-censorship.com/report.php?ID=1860304

4/5 Jschartrand

SNYDER, Zack. Watchmen, 162 min., son, couleurs, États-Unis, 2009.

SNYDER, Zack. Watchmen (Director’s cut), 186 min., son, couleurs, États-Unis, 2009.

Les aimants: magnétisme amoureux ou le magnétisme des amants


On aime les films qui ne vieillissent pas et qui ne perdent aucunement de leur fraîcheur. Les aimants sans aucuns doutes réchauffent et attirent les coeurs dans leurs plus belles répulsions.

Allez, on se remet dans le bain. On est en 2004 et on avait droit à deux début cinématographique. De son côté Guy a Lepage s'offrait tout un délire avec son Camping sauvage et de l'autre, son collège Yves Pelletier (qui retirait un P de son nom) se lançait dans les histoires de coeur avec ses aimants, s'épaulant tous deux de la flamboyante Sylvie Moreau.

Concentrons-nous sur les amours.

Thème universel, on ne cesse de le répéter, mais c'est toujours délicat quand il faut y insuffler de la fraîcheur tellement on a l'impression que ce thème a été vu et revu, dit et redit et ainsi de suite jusqu'à ce que mort s'ensuive (ou pas).

Alors, possibilité de surprendre? Oui, et encore aujourd'hui, Les aimants demeurent une version fort réussi moderne tout en conservant un lien étroit avec le passé, de l'amour dans sa forme la plus belle.

Clin d'oeil référant directement au plus pur des marivaudages, l'histoire chevauche les quiproquos et nous poussent dans un labyrinthe de confusions qui multiplient les situations cocasses, loufoques et multipliés de rires, de sourires et d'étincelles au coeur.

Difficile de se lancer dans le résumé d'une telle histoire où un détour n'attend pas l'autre, mais on se base sur l'idée d'un couple frigide prêt au mariage qui ne se voit plus et ne communique que par les aimants du frigo, infidèles chacun de leur côté.

Bon on pourrait croire que la référence aux aimants ne s'en tient qu'à cette simple, mais tout de même brillante idée. Cependant, l'idée du magnétisme hante le film du début à la fin sans jamais tomber dans la redondance, jouant beaucoup sur ces êtres qui s'attirent, qui n'ont rien en communs, qui ont trop en communs, qui s'aiment, qui ne s'aiment plus, qui se retrouvent et ainsi de suite. On en beurre jamais épais, la réflexion est douce, prévisible par moment (n’en est-il pas autant de l’amour?), mais toujours bien pensée et avec un rythme aussi dynamique, on repose le tout sur le jeu toujours juste de l'excellente distribution interprétant avec brutalité ces diverses relations qui souvent se comprennent sans se comprendre. Douce et délicate Isabelle Blais, éternelle Sylvie Moreau, coquette Guylaine Tremblay, étonnant Emmanuel Bilodeau (et ainsi de suite).

Comment mieux éloger ce film? En parlant de l'excellente mise en scène de Yves Pelletier qui laisse découvrir un penchant magnifique pour la romance, fait persister son talent pour l'humour subtil, mais aussi une connaissance accrue pour l'art, multipliant les références à Vermeer notamment ce qui ajoute juste ce qu'il faut de coïncidence de magie et de rêverie pour un tel film où se côtoie des personnages à la dynamique différente.

Plus? Comment passer sous silence l'hallucinante trame sonore de Carl Bastien et Dumas qui hante chaque scène par sa mélancolie, son romantisme, sa beauté et sa magie.

Non, il n'y a rien à dire. Comme comédie romantique difficile de trouver mieux et c'est décidément dans les plus beaux coups que le Québec aie pu offrir.

Beau, touchant, drôle, original, romantique, rafraîchissant et j'en passe, Les aimants est un film à ne jamais oublier dans notre cinématographie. Magnifique.

5/5 Jschartrand

PELLETIER, Yves. Les aimants, 91 min., son, couleurs, Québec, 2004.