et que ma critique traîne. Cette oeuvre est si dense, on parle tout de même de 162 minutes (alors que la version longue prévue en dvd devrait en faire 190), que je ne savais pas par où m'y prendre. Pourtant, bien plus tard, je prends le taureau par les cornes et je vous parle de cette oeuvre intéressante à bien des niveaux.
Alan Moore peut se considérer chanceux, il est rare de nos jours que toutes nos oeuvres soient assurés d'un succès quasi-immédiat, dans un premier temps, mais aussi d'une indéniable qualité. (Comment ne pas penser à
Philip K. Dick, le maudit, la punition d'
Astérix ou mêmes ces trillions d'adaptation de bande dessinés de super-héros qui n'ont rien de bien différent à insuffler et dont on ne fait qu'ajouter un nouveau chiffre à chaque année..(avant que les grands fans ne s'insurgent je prends le temps de lancer un clin d'oeil aux exceptions tel
The Dark Knight))
Non, à l'exception près de
The League of Extraordinary Gentlemen, dont le résultat fut loin d'être convainquant et franchement pas autant fascinant qu'il aurait pu être,
Alan Moore s'est toujours vu offrir de très intéressantes adaptations. En commençant par
From hell qui racontait l'histoire de Jack l'éventreur à travers l'enquête du protagoniste interprété par nul autre que
Johnny Depp. Disons que confié dans les mains des frères
Hugues, on avait eu droit à un visuel plutôt fascinant malgré quelques lacunes ici et là.
La suite ne pouvait être que plus belle.
Effectivement, c'est l'adaptation de
V for Vendetta qui a suivie, confiée dans les mains de
James Mcteigue à la réalisation, supporté des frères
Wachowski (
The Matrix Trilogy) à la scénarisation. Un pur chef-d'oeuvre. Au risque de retranscrire ma critique, on avait droit à une conversion magistrale de l'histoire originalement écrite pour des années déjà passés à un futur proche sous le poids de ses dirigeants. Magnifique interprété par un
Hugo Weaving dont on ne verra jamais le visage et une plus que puissante
Natalie Portman, le film utilisait le canevas Hollywoodien des films d'actions à son avantage pour pousser la sauce et la réflexion beaucoup plus loin qu'on ne le demande. Tout en se permettant de reproduire à bien des niveaux de perfection la bande dessiné originelle, d'après quelques exemples que j'ai pu comparer.
Alors, qu'est-ce que le futur pouvait bien nous réserver? Oui,
Watchmen.
Bon, comme vous vous en douter, je n'ai pas lu la bande dessinée, bien que l'envie m'a traversé l'esprit de bien nombreuses fois et que je finirai sûrement par en effectuer la tâche. Malheureusement pour le moment, il m'est impossible de baser ma critique sur le mode comparatif.
Ainsi, le projet cru longtemps impossible se voyait confié à un réalisateur qui avait détonné avec sa vision très particulière de la bande dessiné
300 de
Frank Miller. En effet
Zach Snyder avait tourné à Montréal un film uniquement en image de synthèse et qui misait tout sur le visuel (un peu en mode bande dessinée quoi) délaissant beaucoup le scénario qui s'avérait être une grande lacune face à ce désir de surutiliser la narration ce qui finissait par fortement agacer.
Et bien rassurons-nous, avec
Watchmen,
Zach Snyder prouve que
300 n'était pas un coup de chance et qu'effectivement le film laissait promettre une carrière plutôt intéressante.
Tout à l'heure je parlais des trillions d'adaptations cinématographiques de superhéros manquant de saveur? Et bien pour sa grande majorité,
Watchmen détonne en abordant le sujet de façon très peu conventionnelle. C'est d'ailleurs ce qui détachera un bon nombre de spectateur qui chercheront un "film de superhéros" puisque ce qui est à l'honneur pour presque les deux tiers du film, c'est les superhéros dans leur déchéance, dans une époque déchus où on a plus besoin d'eux et où, hantés par leurs propres démons, ils repensent mélancoliquement au passé, au bon vieux temps. Le ton habilement donné avec le sublime générique sur une chanson très atmosphérique de
Bob Dylan. (Prendre en note la très efficace bande sonore quelque fois sous-utilisée, un peu comme si on avait pas pu faire des choix quant aux hits musicaux à y insérer).
L'époque? La guerre froide. Cela permet donc bien des références historiques habilement utilisées à leur avantage.
Les personnages? Des héros qui n'ont rien d'extraordinaire, ni rien d'extravagant dans leurs pouvoirs, mais qui détonnent par leur humanité et ainsi du même coup, par leur défauts. Tous portés par d'excellentes interprétations par des acteurs ni trop ou pas assez connus.
Les réflexions, les détresses, les déprimes, tout est si bien représenté et étendue avec une telle habileté qu'il est difficile de résister. Tout comme face à ce style si bien maîtrisé (
Snyder continue d'habilement jouer sur la vitesse, les accélérés et les ralentis) et des effets spéciaux qui aiment en mettre plein la vue sans jamais nuire à l'histoire, mais sans jamais décevoir non plus.
Quelle est la réelle utilité des superhéros? Sont-ils des menaces ou une aide? Sont-ils vraiment bons? Peut-on vraiment mettre notre vie entre leurs mains? L'être humain mérite-t-il d'être sauvé? Que fait-on du présent? Vivons-nous dans le passé? Ainsi se multiplient les différentes questions existentielles, un peu comme si tout ces superhéros étaient en séance de thérapie intérieure et qu'on y était confinés avec eux.
Où cela se corse, sans nécessairement handicapé trop sévèrement l’ensemble ni l’intérêt, c'est dans sa dernière partie où le film pardonne sa mélancolie pour tomber dans la plus pure tradition des films de superhéros: trahison, sauver le monde, sacrifice, bataille, impuissance, méchants, gentils, complots, etc. Brisant un peu le moule qu'il s'était si habilement créer tout au long.
Heureusement, par sa fin au Happy end plutôt surprenant, on ne peut cacher les quelques frissons qui sauront nous parcourir.
Ne reste plus qu'à voir tout ce qui nous a été retiré lorsque la version longue sera enfin dévoilée.
Pour le moment, malgré quelques faiblesses, on gardera en tête une orgie de moments puissants, de réflexions poussées et d'inoubliables frissons.
Bien sûr ce n'est pas unique ni le film du siècle, mais pour ce qu'il en est, le film est loin du navet qu'il aurait pu être, mais peut-être pas non plus si près du chef-d'oeuvre qu'il aurait pu être également (?)
Note: vu en IMAX version originale, l'expérience était tout de même amplifié, l'image catapultait à nos visage ce monde passé pourtant si futuriste et le son, converti, donnait l'impression que tout se déroulait pas seulement sous nos yeux, mais près de nous.
En somme, malgré son penchant pour certaines conventions, c'est lorsqu'il y échappe que le film est à son meilleur et considérant que pendant bien longtemps
Watchmen réussira à sortir de son moule, il y a de quoi dire qu'on passera un très bon moment à quiconque osera bien regarder le monde de l'extérieur et oser s'avouer que tout n'est peut-être pas aussi beau qu'on le croit.
Retour sur le Director’s cut
Le long-métrage ne perd absolument rien de sa force évocatrice. À vrai dire, une deuxième écoute améliore le visionnement alors qu'au-delà de l'émerveillement, on savoure chaque moment en prenant et en accordant plus de temps à la réflexion.
De plus, cette version allongée privilégie d'autres très bons moments alors que rien ne semble laissé au hasard. Parmi ceux-ci, une mort significative est ajoutée et elle s'avère être une des plus belles scènes du film.
Il y a également plus d'emphase accordée à
Rorschach, donc plusieurs moments de narrations ajoutés. En somme, une expérience raffinée, par moment plus violente, mais toujours autant significative, ce qui continue de laisser croire que
Watchmen sera sûrement une oeuvre cinématographique significative, en quelque sorte. Du moins, plus que
300, l'oeuvre précédente du réalisateur.
À voir absolument pour tout ceux qui ont apprécié, adoré ou été conquis par la première version de ce chef-d'oeuvre montrant des super-héros sur des travers inattendus. Pour ceux qui n'ont pas apprécié, qu'ils ne s'attendent pas à y trouver leur compte avec ces 25 minutes additionnelles qui ne changent en rien la vision première et la ligne narrative.
À noter également que l’ultime version de 215 minutes est également disponible, mais jusqu’à aujourd’hui, moi, je ne me suis pas encore rendu jusque là.
P.s. la totalité des différences détaillées peut être trouvée en suivant ce lien:
http://movie-censorship.com/report.php?ID=1860304 SNYDER, Zack. Watchmen, 162 min., son, couleurs, États-Unis, 2009.
SNYDER, Zack. Watchmen (Director’s cut), 186 min., son, couleurs, États-Unis, 2009.