jeudi 5 février 2009

Across the universe: à consommer avec modération


Cette comédie musicale est loin d'être mauvaise, elle est originale, passionnée et délirante sur bien des points, pourtant l'engouement porté à son égard est allé beaucoup trop fort. Au point de crier au chef-d'oeuvre, à l'oeuvre du millénaire ou au successeur de Moulin rouge!, il y a un pas à franchir. Quelques mots sur ce film à consommer avec modération.

Je ne peux le cacher, la première écoute d'Across the universe provoque en tout spectateur (cinéphile averti ou autres) un plaisir jouissif, voire contagieux pour qui ose se livrer à un tel programme, à une telle invitation.

À qui ose se livrer oui, puisqu'il y a des compromis à effectuer. Évidemment, il faut aimer les comédies musicales, puisque comme à l'habitude la moitié des émotions s'expriment par le biais des chansons. Il faut aussi accepter de toucher au groupe mythique de tous les temps: les Beatles. Puisqu’avant d'oublier, il faut évidemment le mentionner, la caractéristique principale de cette comédie musicale entièrement originale ne se base que sur une chose: les chansons des Beatles. Il faut se livrer et accepter de ne trouver aucun matériel original dans le sens les modèles originaux et de ne trouver trace des Beatles que dans les références et les compositions. Il faut accepter les modifications qu'on lui ait apportées et les changements. Et si, le spectateur accepte de concéder à ses demandes il aura droit à un fort agréable spectacle.

Puisqu’effectivement Julie Taymor (la réalisatrice derrière le magnifique Frida) livre une comédie musicale haute en couleur qui se veut un magnifique voyage lors de la période de révolutions des années 60. Grâce aux chansons des Beatles et à des idées fort astucieuses, on traverse les différentes périodes sans trop de mal et on se livre à un grand voyage temporel.

Cependant, comme j'ai averti au début, le film est à consommer avec modération. Une fois la surprise de la première écoute, ce bonheur ne reviendra plus. C'est un film à jeter après échéance. Le meilleur du film, c'est les chansons, heureusement fort nombreuses (une trentaine de succès) puisque le tout s'avère être une succession de vidéo clips, alors qu'on s'amuse à diriger autrement les sens des chansons avec une imagination débridée. Le hic? L'histoire n'accroche pas réellement et pousse peu les questionnements, l'histoire d'amour n'a rien d'extraordinaire et à dire vrai, quand on ne chante pas, tout tombe presque à plat.

Oh! Rien à dire contre les bonnes performances de ces acteurs généralement peu connu, mais dans ce cas-ci, ils s'avèrent plus habiles quand ils utilisent leurs voix pour chanter ce qu'ils ressentent que lorsqu'ils l'utilisent pour le dire. D'ailleurs la folie psychédélique de Julie Taymor, et qui ajoute à l'idée vidéoclips de la chose, c'est que ces multiples techniques pour offrir une touche de folie à son long-métrage demeure dans une succession d'utilisation d'effets de montage et peu de réalisation. Elle inverse les couleurs, hausse les tonalités, utilise l'effet miroir, y va avec des ralentis, bref elle s'amuse en postproduction. Bien sûr, la réalisation est habile, mais en somme, cette folie n'a rien à apprendre à Moulin rouge! qui maîtrisait tout du début à la fin et réinventait la roue de façon immensément habile.
Taymor peut donc être perçue comme une disciple de Luhrmann qui a bien appris, mais a encore à améliorer pour offrir son chef-d'oeuvre de la comédie musicale. Son oeuvre ci-présente se voit plus comme un succès commercial. Après tout, elle utilise les plus grands succès du plus grand groupe de tous les temps et en plus, elle s'offre quelques guest-stars surprises comme Bono (du groupe U2)qui offre une performance, disons, acceptable de I am the walrus et Salma Hayek (qui incarnait justement Frida Kahlo dans son film précédent).

En somme, le film n'est certainement pas à oublier, mais il ne faut pas en abuser et la totalité de l'oeuvre ne peut malheureusement pas être conservé en archive, on ne s'amusera qu'a réécouter nos passages préférés comme une compilation des meilleurs vidéoclips d'un groupe mythique.

Toutefois, ça demeure un effort fort acceptable et un exemple à suivre pour quiconque en a assez des adaptations des comédies musicales présentées sur scène!

3/5 Jschartrand (3½ pour l'effort si c'est la première écoute)

TAYLOR, Julie. Across the universe. 133 min., son, couleurs, Etats-Unis, 2007.

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