jeudi 5 février 2009

Revolutionary road: la force de l'espoir contre l'impitoyable vérité


Ah! Le retour du trio du Titanic. Oui bien sûr, le duo Winslet-DiCaprio, mais aussi de Katy Bathes qui les accompagne. Beaucoup diront que ce ne sera qu'une idée pour bêtement attirer les foules. Pourtant, le produit qui s'en dégage est bien plus qu'un simple film, que de simples retrouvailles. En émane un tableau tout simplement magnifique de la vie de banlieue.

Frank et April ont eu le coup de foudre l'un pour l'autre lors d'une petite soirée. Rapidement ils se sont installés en banlieue pour y vivre la vie parfaite tant rêvée et espérée. Le film ne raconte pas ce côté de l'histoire. Il offre l'envers de la médaille, il illustre le rêve déchue.

On dit que Kate Winslet et Leonardo DiCaprio sont au sommet de leur art dans Revolutionary road. C'est plus que vrai. Ils sont parfaits dans les rôles principaux et leur complicité est simplement indéniable, ce qui demeure établi avec une certaine ironie puisque le film joue sans cesse sur ces anicroches qui semblent les éloigner.

De son côté, Winslet ajoute une corde de plus à son arc, une autre grande performance qui lui aura valu son deuxième Golden Globes (lors de la MÊME soirée!). À mi-chemin entre son personnage de femme en détresse de Little children et de rêveuse impulsive de Eternal sunshine of the spotless mind, elle impose regrets. Magnifique.

Du sien, Leonardo DiCaprio livre carrément une de ces meilleures performances (une autre honte que l'Académie ne la mentionne pas). Puisqu'on doit se l'avouer, cela ne fait pas longtemps que Leo a commencé à avoir l'air d'un homme, d'un vrai. Disons que ce changement s'est effectué lorsqu'il a joué pour Scorsese dans The Departed, depuis, un DiCaprio plus dur, plus vrai se montre à nous. Dans Revolutionary road, il est le double de Kate tout en semblant s'en éloigner à chaque instant. Il aimerait tant voler de tout son être, mais ces pieds refusent de quitter terre.

Pour le reste? C'est accessoire, carrément, et c'est tant mieux. Le film n'est centré que sur nos deux protagonistes pour mieux y effectuer notre observation. Leurs voisins ne deviennent plus qu'une étude comparative pour démêler qui a tort de qui a raison et d'illustrer à quoi ressemble des êtres entièrement dévorés par ce rêve perdu, mais sans cesse chamboulés par le désir et l'envie de ce qui semble si parfait, si vert sur l'herbe du voisin. L'agente immobilière (Katy Bathes) et son mari s'offre comme un couple grugé par le temps où la femme cherche à satisfaire ses propres désirs chez ses acheteurs alors que son fils s'impose comme l'ultime vérité face à nos protagonistes (sûrement le côté le plus troublant, inquiétant et intéressant de l'histoire). Bref, tout découle dans cette direction, tous personnages secondaire ne sont là que pour asservir les besoins, les désirs, les réalités, tout ce qui peut bien flotter autour de l'univers déchu de notre couple vedette ou encore de mieux illustrer les propos. Même leurs propres enfants s'effacent au point où de les voir ou pas ne s'imposent même plus comme une réflexion ou un bémol.

L'univers, l'ambiance, l'atmosphère n'est pas nécessairement sombre, mais elle est grisée par le temps, lourde avec constance. Conservée. Gardée. Elle impose une boule de malaise qui ne veut pas quitter notre gorge, de dénouer le noeud qui se forme dans notre estomac tout au long du film. Les images sont belles, magnifiques, si tristes, si sobres. Alors que la musique de Thomas Newman capture avec aisance tout ce qu'il faut pour conserver le ton que le film impose. Sa sonorité unique, particulière et reconnaissable a certainement sa place ici (on est loin de Wall-e cela dit).

Malgré les rares instants de bonheur, face à la force de l'espoir que la simple idée de déménager en France puisse évoquer, le film demeure d'une rare tristesse. Imprégné de mélancolie et de nostalgie. Les flashbacks sont peu nombreux et toujours choisis avec justesse. C'est ce qui est beau, on ne sait pas grand chose du passé, mais il est possible de tout imaginer: les débuts, le commencement et de se l'imager en contraste avec la réalité, rend l'expérience encore plus crève-coeur.

Point final: cette adaptation du best-seller de Richard Yates (que je n'ai pas lu, mais que j'ajoute à ma pile de livre, tout comme The reader de Bernard Schlink (Autre adaptation mettant en vedette Kate Winslet)) est possible grâce à Sam Mendes. Non seulement partenaire de vie de Kate Winslet, mais aussi celui qui nous a offert le drame de guerre inhabituel Jarhead et bien sûr l'inoubliable American Beauty qui s'attaquait lui aussi au faux-rêve de la banlieue. (Je ne peux pas commenter Road to perdition que je n'ai malheureusement pas vu, mais je ne doute aucunement de sa pertinence.) Sa réalisation est simplement magnifique et tout ses choix lui ont permis de donner au final un film d'une grande perfection, mais d'une grande lourdeur aussi.

Un portrait magnifique où Mendes arrive à pousser encore plus loin la réflexion sur les banlieues. À un niveau beaucoup moins humoristique que son propre American Beauty ou le Happiness de Todd Solondz, ma dernière critique.

En somme, poussée par des interprétations magnifiés par une distribution parfaite, appuyée par une équipe d'enfer du point de vue technique et démontrant autant avec pourtant si peu, Revolutionary road s'avère être un drame d'une beauté chavirante à qui voudra bien se plier à la vérité. Sublime et fortement recommandé.

4½/5 Jschartrand

MENDES, Sam. Revolutionary road. 119 min., son, couleurs, Etats-Unis, Royaume-Unis, 2008.

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