vendredi 6 février 2009

Les idiots: pour ou contre la bourgeoisie?


Lars von Trier adore choquer. Enfin. Aime-t-il cela ou a-t-il simplement un désir incroyable de dénoncer par le biais de visions complètement inusitées et dérangeantes?

Les idiots ne fait certainement pas exception dans la lignée que Von Trier s'est donnée. Tout au long du film, beaucoup d'idées anarchiques et anti-bourgeoises, autant d'un point de vue social ou d'un contexte plus habituel, ont lieux. Filmé de manière quasi documentaire (d'ailleurs, on entrecoupe souvent en interviewant plusieurs des personnages), le film n'est visuellement pas attrayant, mais cadre beaucoup plus d'un contexte ultra réaliste.

Il m'est difficile de croire que le film peut accrocher dès ces premiers instants. Pour moi, ce fut dur de me dire que j'allais apprécier, tellement ce qui y était présenté m'écorchait et me répulsait. Pourtant, et c'est une des forces de Von Trier, il crée des films tellement poignants qui se fondent dans un contexte tellement intimiste et déroutant, qu'on se laisse imprégner par ses histoires et presque entièrement habiter par ces films.

En effet, les moments déplaisants, malaisés et souvent peu rassembleurs ou attachants se multiplient, mais au fur et à mesure que ça avance (si on souhaite bien faire partie de l'expérience proposée), le tout atteint un seuil réellement personnel, intérieur et singulier alors qu'on sent une certaine appartenance à ce groupe de gens qui dénoncent la bourgeoisie en faisant les idiots partout où ils vont. Le récit finit par captiver et par impressionner alors que d'imposants et d'indéniables questionnements émergent sur bien des sujets.

Certainement moins long que Dogville, Lars Von Trier a dénaturé son film d'une autre manière. Alors qu'il offrait à Dogville des décors de carton, théâtral, carrément banal, carrément.. Comment dire? Puisque ce n'est ni naturel ou artificiel? Bref, il dénature ici son récit en, non pas banalisant le tout, mais en embellissant rien. En laissant tout tel quel sans nécessairement le prescrire ou le proscrire.

Par contre, il est beaucoup moins poignant, choquant et marquant que son exceptionnel Dancer in the dark. Comédie musicale inhabituelle mettant en vedette Björk, offrant sûrement l'histoire la plus cruelle, voire insupportable, qu'on ait pu écrire/présenter.

Il faut aussi noter les très bonnes performances de ces acteurs majoritairement inconnus qui savent bien interpréter ces personnages qui pourraient bel et bien exister.

Souvent cruel, rarement invitant, cette proposition de Trier choque et sans nécessairement vouloir être un exemple, invoque la réflexion. Vaut un coup d'oeil pour ceux qui cherchent plus qu'un film qu'on écoute pour passer une bonne soirée.

3½/5 jschartrand

VON TRIER, Lars. Idioterne. 117 min., son, couleurs, Danemark, France, Italie, Suède, Pays-Bas, 1998.

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