Les critiques du 7e art de Jschartrand

vendredi 8 janvier 2010

À l'ouest de Pluton: cap sur la vie


On a jamais délaissé la jeunesse et on aime bien l'observer, tenter de la comprendre et par une approche non pas tant originale, mais exécutée de façon quasi-exemplaire, À l'ouest de Pluton se laisse savourer avec admiration.

Côté cinéma-vérité débordant sur la fiction (ou le contraire selon comment on aime bien le voir) il est difficile de faire mieux. Fictive cette histoire? On a du mal à départager le vrai du faux. Tout est si réaliste, si cru, si beau, si vrai. Campés par des inconnus et des jeunes qui se donnent tel qu'ils sont, on a l'impression d'assister à l'observation quotidienne de ces adultes à en devenir.

Rien de bien extraordinaire dans ce film. Le scénario n'est pas banal, il est ordinaire, mais c'est la profondeur réaliste qui donne tout. Après tout ce n'est que la chronique d'un 24h, un simple 24h alors qu'en réalité il y en a aurait tellement plus à raconter. Cependant tout en restant vaste, on se concentre sur certains points bien précis, évitant ainsi de se perdre ou de désintéresser trop facilement. Belle réussite de ce côté. Il est facile de se perdre dans des chemins moins intéressants ou de trop dans ce genre de films et ça ne se produit presque pas ici.

J'y ai réfléchi et je ne sais pas à quel moment il est mieux d'écouter ce film. Serait-il préférable de l'écouter étant jeune face à ce qui s'en vient? De le voir en pleine adolescence et de s'y retrouver? Vers la fin de l'adolescence pour s'y reconnaître et ensuite s'en éloigner? (Je me situe dans cette catégorie d'ailleurs) À la fin de l'adolescence pour se remémorer? Étant adultes, étant parents? Je ne sais pas vraiment. Ce qui est sûr c'est que ce qu'on en pensera changera du tout au tout.

C'est d'ailleurs ce qui est beau avec le film. On expose, on lance des pistes, mais on ne les dirige pas. Les adolescents illustrés ici ne sont pas élogés, rabaissés, humiliés, réprimandés ou quoi que ce soit. On les laisse vivre et c'est tout. Doit-on être en accord avec ce qu'ils font? De quel côté doit-on se ranger? On ne nous le dit pas. Tout vient avec notre jugement personnel et c'est tant mieux.

En quelque part cette profondeur beaucoup plus libre et moins écrite qu'un certain Tout est parfait, le rend meilleur sur plusieurs points. Le traitement quelque peu documentaire et plus vaste le rend aussi plus fascinant qu'un certain Entre les murs, bien que ce dernier malgré un relâchement va sa fin n‘en est pas moins excellent et fort efficace. (Tout ceci selon mon propre avis évidemment). Et après tout, vous y lisez l'avis d'un presque plus adolescent qui s'y est reconnu, qui y a frissonné et qui a savouré presque chaque parcelle de ce film aux détours imprévisibles.

C'est beau, touchant et c'est là. Simplement là. Et c'est ce qui fait la beauté de la chose. Comment ne pas sourire avec nostalgie avec tout ce parallèle planétaire, un peu comme si on nous confinait dans cette galaxie éloignée pourtant si près de nous, mais qu'on semble connaitre encore moins que les étoiles elles-mêmes.. Fortement recommandé.

4/5 Jschartrand

BERNADET, Henry et VERREAULT, Myriam. À l’ouest de Pluton, son, couleurs, Québec, 2008.

Watchmen: héroïsme mélancolique


Je dois l'avouer, il y a longtemps que j'ai vu Watchmen et que ma critique traîne. Cette oeuvre est si dense, on parle tout de même de 162 minutes (alors que la version longue prévue en dvd devrait en faire 190), que je ne savais pas par où m'y prendre. Pourtant, bien plus tard, je prends le taureau par les cornes et je vous parle de cette oeuvre intéressante à bien des niveaux.

Alan Moore peut se considérer chanceux, il est rare de nos jours que toutes nos oeuvres soient assurés d'un succès quasi-immédiat, dans un premier temps, mais aussi d'une indéniable qualité. (Comment ne pas penser à Philip K. Dick, le maudit, la punition d'Astérix ou mêmes ces trillions d'adaptation de bande dessinés de super-héros qui n'ont rien de bien différent à insuffler et dont on ne fait qu'ajouter un nouveau chiffre à chaque année..(avant que les grands fans ne s'insurgent je prends le temps de lancer un clin d'oeil aux exceptions tel The Dark Knight))

Non, à l'exception près de The League of Extraordinary Gentlemen, dont le résultat fut loin d'être convainquant et franchement pas autant fascinant qu'il aurait pu être, Alan Moore s'est toujours vu offrir de très intéressantes adaptations. En commençant par From hell qui racontait l'histoire de Jack l'éventreur à travers l'enquête du protagoniste interprété par nul autre que Johnny Depp. Disons que confié dans les mains des frères Hugues, on avait eu droit à un visuel plutôt fascinant malgré quelques lacunes ici et là.

La suite ne pouvait être que plus belle.

Effectivement, c'est l'adaptation de V for Vendetta qui a suivie, confiée dans les mains de James Mcteigue à la réalisation, supporté des frères Wachowski (The Matrix Trilogy) à la scénarisation. Un pur chef-d'oeuvre. Au risque de retranscrire ma critique, on avait droit à une conversion magistrale de l'histoire originalement écrite pour des années déjà passés à un futur proche sous le poids de ses dirigeants. Magnifique interprété par un Hugo Weaving dont on ne verra jamais le visage et une plus que puissante Natalie Portman, le film utilisait le canevas Hollywoodien des films d'actions à son avantage pour pousser la sauce et la réflexion beaucoup plus loin qu'on ne le demande. Tout en se permettant de reproduire à bien des niveaux de perfection la bande dessiné originelle, d'après quelques exemples que j'ai pu comparer.

Alors, qu'est-ce que le futur pouvait bien nous réserver? Oui, Watchmen.

Bon, comme vous vous en douter, je n'ai pas lu la bande dessinée, bien que l'envie m'a traversé l'esprit de bien nombreuses fois et que je finirai sûrement par en effectuer la tâche. Malheureusement pour le moment, il m'est impossible de baser ma critique sur le mode comparatif.

Ainsi, le projet cru longtemps impossible se voyait confié à un réalisateur qui avait détonné avec sa vision très particulière de la bande dessiné 300 de Frank Miller. En effet Zach Snyder avait tourné à Montréal un film uniquement en image de synthèse et qui misait tout sur le visuel (un peu en mode bande dessinée quoi) délaissant beaucoup le scénario qui s'avérait être une grande lacune face à ce désir de surutiliser la narration ce qui finissait par fortement agacer.

Et bien rassurons-nous, avec Watchmen, Zach Snyder prouve que 300 n'était pas un coup de chance et qu'effectivement le film laissait promettre une carrière plutôt intéressante.

Tout à l'heure je parlais des trillions d'adaptations cinématographiques de superhéros manquant de saveur? Et bien pour sa grande majorité, Watchmen détonne en abordant le sujet de façon très peu conventionnelle. C'est d'ailleurs ce qui détachera un bon nombre de spectateur qui chercheront un "film de superhéros" puisque ce qui est à l'honneur pour presque les deux tiers du film, c'est les superhéros dans leur déchéance, dans une époque déchus où on a plus besoin d'eux et où, hantés par leurs propres démons, ils repensent mélancoliquement au passé, au bon vieux temps. Le ton habilement donné avec le sublime générique sur une chanson très atmosphérique de Bob Dylan. (Prendre en note la très efficace bande sonore quelque fois sous-utilisée, un peu comme si on avait pas pu faire des choix quant aux hits musicaux à y insérer).

L'époque? La guerre froide. Cela permet donc bien des références historiques habilement utilisées à leur avantage.

Les personnages? Des héros qui n'ont rien d'extraordinaire, ni rien d'extravagant dans leurs pouvoirs, mais qui détonnent par leur humanité et ainsi du même coup, par leur défauts. Tous portés par d'excellentes interprétations par des acteurs ni trop ou pas assez connus.

Les réflexions, les détresses, les déprimes, tout est si bien représenté et étendue avec une telle habileté qu'il est difficile de résister. Tout comme face à ce style si bien maîtrisé (Snyder continue d'habilement jouer sur la vitesse, les accélérés et les ralentis) et des effets spéciaux qui aiment en mettre plein la vue sans jamais nuire à l'histoire, mais sans jamais décevoir non plus.

Quelle est la réelle utilité des superhéros? Sont-ils des menaces ou une aide? Sont-ils vraiment bons? Peut-on vraiment mettre notre vie entre leurs mains? L'être humain mérite-t-il d'être sauvé? Que fait-on du présent? Vivons-nous dans le passé? Ainsi se multiplient les différentes questions existentielles, un peu comme si tout ces superhéros étaient en séance de thérapie intérieure et qu'on y était confinés avec eux.

Où cela se corse, sans nécessairement handicapé trop sévèrement l’ensemble ni l’intérêt, c'est dans sa dernière partie où le film pardonne sa mélancolie pour tomber dans la plus pure tradition des films de superhéros: trahison, sauver le monde, sacrifice, bataille, impuissance, méchants, gentils, complots, etc. Brisant un peu le moule qu'il s'était si habilement créer tout au long.

Heureusement, par sa fin au Happy end plutôt surprenant, on ne peut cacher les quelques frissons qui sauront nous parcourir.

Ne reste plus qu'à voir tout ce qui nous a été retiré lorsque la version longue sera enfin dévoilée.

Pour le moment, malgré quelques faiblesses, on gardera en tête une orgie de moments puissants, de réflexions poussées et d'inoubliables frissons.

Bien sûr ce n'est pas unique ni le film du siècle, mais pour ce qu'il en est, le film est loin du navet qu'il aurait pu être, mais peut-être pas non plus si près du chef-d'oeuvre qu'il aurait pu être également (?)

Note: vu en IMAX version originale, l'expérience était tout de même amplifié, l'image catapultait à nos visage ce monde passé pourtant si futuriste et le son, converti, donnait l'impression que tout se déroulait pas seulement sous nos yeux, mais près de nous.

En somme, malgré son penchant pour certaines conventions, c'est lorsqu'il y échappe que le film est à son meilleur et considérant que pendant bien longtemps Watchmen réussira à sortir de son moule, il y a de quoi dire qu'on passera un très bon moment à quiconque osera bien regarder le monde de l'extérieur et oser s'avouer que tout n'est peut-être pas aussi beau qu'on le croit.

Retour sur le Director’s cut

Le long-métrage ne perd absolument rien de sa force évocatrice. À vrai dire, une deuxième écoute améliore le visionnement alors qu'au-delà de l'émerveillement, on savoure chaque moment en prenant et en accordant plus de temps à la réflexion.

De plus, cette version allongée privilégie d'autres très bons moments alors que rien ne semble laissé au hasard. Parmi ceux-ci, une mort significative est ajoutée et elle s'avère être une des plus belles scènes du film.

Il y a également plus d'emphase accordée à Rorschach, donc plusieurs moments de narrations ajoutés. En somme, une expérience raffinée, par moment plus violente, mais toujours autant significative, ce qui continue de laisser croire que Watchmen sera sûrement une oeuvre cinématographique significative, en quelque sorte. Du moins, plus que 300, l'oeuvre précédente du réalisateur.

À voir absolument pour tout ceux qui ont apprécié, adoré ou été conquis par la première version de ce chef-d'oeuvre montrant des super-héros sur des travers inattendus. Pour ceux qui n'ont pas apprécié, qu'ils ne s'attendent pas à y trouver leur compte avec ces 25 minutes additionnelles qui ne changent en rien la vision première et la ligne narrative.

À noter également que l’ultime version de 215 minutes est également disponible, mais jusqu’à aujourd’hui, moi, je ne me suis pas encore rendu jusque là.

P.s. la totalité des différences détaillées peut être trouvée en suivant ce lien: http://movie-censorship.com/report.php?ID=1860304

4/5 Jschartrand

SNYDER, Zack. Watchmen, 162 min., son, couleurs, États-Unis, 2009.

SNYDER, Zack. Watchmen (Director’s cut), 186 min., son, couleurs, États-Unis, 2009.

Les aimants: magnétisme amoureux ou le magnétisme des amants


On aime les films qui ne vieillissent pas et qui ne perdent aucunement de leur fraîcheur. Les aimants sans aucuns doutes réchauffent et attirent les coeurs dans leurs plus belles répulsions.

Allez, on se remet dans le bain. On est en 2004 et on avait droit à deux début cinématographique. De son côté Guy a Lepage s'offrait tout un délire avec son Camping sauvage et de l'autre, son collège Yves Pelletier (qui retirait un P de son nom) se lançait dans les histoires de coeur avec ses aimants, s'épaulant tous deux de la flamboyante Sylvie Moreau.

Concentrons-nous sur les amours.

Thème universel, on ne cesse de le répéter, mais c'est toujours délicat quand il faut y insuffler de la fraîcheur tellement on a l'impression que ce thème a été vu et revu, dit et redit et ainsi de suite jusqu'à ce que mort s'ensuive (ou pas).

Alors, possibilité de surprendre? Oui, et encore aujourd'hui, Les aimants demeurent une version fort réussi moderne tout en conservant un lien étroit avec le passé, de l'amour dans sa forme la plus belle.

Clin d'oeil référant directement au plus pur des marivaudages, l'histoire chevauche les quiproquos et nous poussent dans un labyrinthe de confusions qui multiplient les situations cocasses, loufoques et multipliés de rires, de sourires et d'étincelles au coeur.

Difficile de se lancer dans le résumé d'une telle histoire où un détour n'attend pas l'autre, mais on se base sur l'idée d'un couple frigide prêt au mariage qui ne se voit plus et ne communique que par les aimants du frigo, infidèles chacun de leur côté.

Bon on pourrait croire que la référence aux aimants ne s'en tient qu'à cette simple, mais tout de même brillante idée. Cependant, l'idée du magnétisme hante le film du début à la fin sans jamais tomber dans la redondance, jouant beaucoup sur ces êtres qui s'attirent, qui n'ont rien en communs, qui ont trop en communs, qui s'aiment, qui ne s'aiment plus, qui se retrouvent et ainsi de suite. On en beurre jamais épais, la réflexion est douce, prévisible par moment (n’en est-il pas autant de l’amour?), mais toujours bien pensée et avec un rythme aussi dynamique, on repose le tout sur le jeu toujours juste de l'excellente distribution interprétant avec brutalité ces diverses relations qui souvent se comprennent sans se comprendre. Douce et délicate Isabelle Blais, éternelle Sylvie Moreau, coquette Guylaine Tremblay, étonnant Emmanuel Bilodeau (et ainsi de suite).

Comment mieux éloger ce film? En parlant de l'excellente mise en scène de Yves Pelletier qui laisse découvrir un penchant magnifique pour la romance, fait persister son talent pour l'humour subtil, mais aussi une connaissance accrue pour l'art, multipliant les références à Vermeer notamment ce qui ajoute juste ce qu'il faut de coïncidence de magie et de rêverie pour un tel film où se côtoie des personnages à la dynamique différente.

Plus? Comment passer sous silence l'hallucinante trame sonore de Carl Bastien et Dumas qui hante chaque scène par sa mélancolie, son romantisme, sa beauté et sa magie.

Non, il n'y a rien à dire. Comme comédie romantique difficile de trouver mieux et c'est décidément dans les plus beaux coups que le Québec aie pu offrir.

Beau, touchant, drôle, original, romantique, rafraîchissant et j'en passe, Les aimants est un film à ne jamais oublier dans notre cinématographie. Magnifique.

5/5 Jschartrand

PELLETIER, Yves. Les aimants, 91 min., son, couleurs, Québec, 2004.

jeudi 30 juillet 2009

The incredible Hulk: un jeu vidéo aux graphiques moyens, mais au scénario soigné


Franchement, je ne le cacherai à personne, je suis très peu familier avec l'univers de Hulk. Je n'ai jamais lu ni même touché à une bande dessinée de la franchise, je n'ai jamais vu les vieilles séries et comble de tout ça, je n'ai même pas vu la version que l'énigmatique Ang Lee a fait. (Bon pour ce point, à en lire ce que tout le monde en a pensé, je n'ai absolument rien manqué!). Alors comment apprivoiser la plus récente version, The incredible Hulk? Avec un sourire!

Bon, bon, je sens que vous attendez des explications. Et bien oui après un renouveau qui n'a pas fonctionné, on a pas perdu espoir en un filon qui pourrait rapporter. Voulant épuiser les superhéros dans cette vague qui étouffe depuis déjà bien des années, afin d'offrir au public qui demande toujours plus, on a voulu redonner au géant vert le mérite qu'il a l'habitude d'avoir et on a relancé sa franchise. Au menu? Un nouveau réalisateur, un renouveau dans l'histoire et une nouvelle distribution. Bref, on repart en neuf.

Est-ce une bonne nouvelle? Oui. On se retrouve à bord d'une équipe qui déborde de compétences. Qui, mais qui contredirait le talent de l'incroyable Edward Norton à l'impressionnante filmographie? Sûrement peu de gens. (Bien qu'on ne se le cachera pas, cela reste bien marrant de le voir se camoufler en un sosie de Shia Labeouf avec comme seuls armes un polar et une casquette, ce qu'il a l'air d'un gamin!, comme quoi entre sa forme humaine et.. l'autre forme, cela fait tout une différence.)

Puisqu'on ne se le cachera pas, le terme superhéros doit rallonger ses frontières s'il compte y inclure Hulk à l'intérieur, du moins, pour ce film. C'est d'ailleurs là le côté le plus fascinant de ce personnage puisque le dilemme est en lui-même. Le méchant, c'est son alter-ego qu'il n'arrive pas à contrôler et qui l'empêche de vivre normalement. (Résultat d'une expérience scientifique qui a mal tourné, typique de notre cher Stan Lee qui évidemment fait de moins en moins subtilement son habituel cameo).

Ainsi, le scénario commence sans faille et livre la marchandise avec grand succès, jusqu'à ce qu'on décide que ce n'est pas assez, que c'est un blockbuster et qu'il faut en mettre plein la vue. C'est là que ça se gâte.

Effectivement on amène le personnage de Tim Roth sorte de psychopathe maniaque avide de pouvoir et apparemment sans raisons qui s'avèrera encore plus incontrôlable que "Hulk" lui-même au point d'en devenir un monstre encore plus horrifiant. De quoi épater la galerie pour le combat final avec une bataille artificielle sans bon sens.

D'ailleurs c'est le détail majeur qui cloche. Les effets spéciaux sont mauvais et mal fait. Hulk est horrible (pas seulement du côté physique) [On est loin de l'époque où Hulk était un humain réel peinturé de vert, cela dit...] et tout le reste.. Catastrophique. À beaucoup trop de moment on a l'impression d'assister à un mauvais jeu vidéo sans même pouvoir prendre les commandes. C'est frustrant à plus d'un niveau. Surtout quand on suppose que le budget devait y être.

Heureusement, on se console, car comme dit plus tôt, la distribution est agréable (la toujours délicieuse Liv Tyler) et au commande, Louis Leterrier sait ce qu'il fait. Après avoir délaissé le transporteur, il s'approprie un personnage qui étrangement, tout en étant différent, reste tout de même similaire. Sorte de superhéros imprévisible, incontrôlable, mais diablement calme quand on ne le fâche pas.

Ainsi, on se retrouve avec un film qui par moment prouve qu'il a envie de prendre les directions que des films comme The Dark Knight prennent, en visant des pays étrangers, des fabriques industriels et d'autres regards sur des sujets politiques, sociaux ou autre qui n'ont pas toujours la place dans ces univers fantaisistes, mais de l'autre on finit toujours par en revenir aux exigences des blockbuster habituels, ce qui vient gâcher à plus d'un moment notre appréciation du film.

Heureusement, malgré ce bon scénario ruiné par des effets spéciaux de piètre qualité doublé du désir de vouloir absolument impressionner, la dernière note du film a tout pour exciter et nous garder en haleine tout comme la scène secrète à la fin du générique de Iron Man avait le don de le faire, au point de (surprenamment) en redemander.

2.5/5 Jschartrand

LETERRIER, Louis. The incredible Hulk, 112 min., son, couleurs, Etats-Unis, 2008.

dimanche 26 juillet 2009

Storytelling: y a-t-il vraiment un écart entre la réalité et la fiction?


Dur de récidiver après un chef-d'oeuvre comme Happiness? On pourrait croire que oui. Pourtant en usant de son savoir faire Todd Solondz parvient à tirer avec aisance son épingle du jeu en reprenant son style particulier et en poussant à d'autres extrêmes sa réflexion sur les petites vies bourgeoises. L’étonnante spontanéité de l’ensemble laisse croire qu’étonnamment, il lui en restait encore à vider!

En effet, Storytelling n'apparaît pas nécessairement comme une suite d'Happiness, mais il se lie facilement avec l'univers de ce dernier alors qu'on y reconnaît sans problèmes l'environnement, mais aussi le style du créateur. La forme de ce nouvel opus laisse également envisager que ce film pourrait bien représenter des histoires qui n'ont pas été retenues pour Happiness alors qu'on le sépare entre deux parties distinctes qui ne se lient pas entre eux.

D'un côté l'histoire fictive et de l'autre, l'histoire non-fictive. Il y a sûrement beaucoup plus qu'une simple pointe d'ironie dans cette façon de répertorier les parties, mais cela s'oublie vite alors qu'on passe par une gamme d'émotions à travers ces deux histoires qui étonnent au fur et à mesure qu'on s‘enfonce dans chacune d‘entre elles.

Par contre, la première effraie quelque peu. Plus dramatique, moins humoristique, plus neutre, on y parle peu et on y est très direct. Cela effraie quant au ton que le film pourrait prendre. Mais bon, on ne chiale pas trop et on s'enfonce dans cette histoire sans fin alors qu'une étudiante quelque peu blasée de sa relation avec un infirme décide sans trop être consciente de suivre son professeur jusqu'au bout....

Provocante, l'histoire choque et a de quoi faire réagir et pourrait même faire perdre certains spectateurs pour ceux qui ne connaissent pas le style de Solondz.

Si cela était le cas, ce serait une bien grave erreur alors que la seconde partie (à propos d'un homme aux grandes ambitions sans trop d'initiatives qui se lance dans la réalisation d'un documentaire sur une famille typique moderne et d'un de leurs enfants qui devraient normalement se rendre à l'université) se lance avec brio dans ce mélange fortement équilibré de drame, d'humour, de critique, d'ironie et de tout ce que vous voudrez qui faisait bel et bien le succès de Happiness. Sans jamais l'égaler, on ne peut cacher que Todd Solondz est plus que talentueux. Son regard sur la société est acéré, son écriture modèle et sa mise en scène parfaite. Chaque détails aussi minime soit-il est réfléchi avec intelligence pour créer exactement l'effet souhaiter et ça c'est un grand savoir faire.

Fort de dialogues savoureux et de performances lumineuses grâce à cette excellente distribution, Solondz livre ainsi un film qui ne manque pas d'écorcher à plus d'un moment. Jusqu'où ira-t-il? Cela pourrait bien être la question qui nous traverse l'esprit pendant le film, mais le fait est qu'il va justement vers des directions qu'on aurait même pas imaginer.

Ce qui déçoit? Sa durée. C'est court, très. Et cela déçoit encore plus quand on apprend qu'une troisième histoire était existante au départ, mais que sans de raisons formelles elle fut abandonnée au produit final.

Enfin, on se console avec ce qu'on a et on savoure chaque moment de ce film qui pourrait avoir tout pour repousser, mais qui au final a de quoi faire réagir tout en divertissant de façon fort intelligente. Bravo!

4/5 jschartrand

SOLONDZ, Todd. Storytelling, 87 min., son, couleurs, Etats-Unis, 2001.

jeudi 21 mai 2009

Boy A: Doit-on pardonner?


Un film juste, profond, émouvant, éprouvant même, qui ne se dévoilera qu'au fur et à mesure qu'on en comprendra ses intentions. Critique de Boy A, un film anglais qu'ont ne doit absolument pas négliger.

La rédemption, le pardon, les erreurs de jeunesse amplifiées à un niveau incontrôlable. Voilà ce qu'on peut retrouver dans ce film. C'est ce qu'on ressent aux premiers abords? Non et c'est là mon erreur, celle d'avoir douté. Douté que ce film n'avait aucunes idées de ce qu'il faisait ou de où il se dirigeait. Douté que ce film marcherait sur moi comme durant tous ces festivals où il a été applaudi. De cela, j'aimerais me faire pardonner.

Non, aux premiers abords on a droit à un univers morne, gris, quelque peu vide et plutôt silencieux où un jeune homme est relâché de prison. Ce dernier est grandement épaulé par un père qui essuie de son côté un conflit père-fils qui n'est pas du tout à négliger.. Oh ça non. Pour notre protagoniste? Nouveau nom, nouvelle identité, passé caché. On y suit sa réhabilitation dans un monde qui face à l'inconnu l'accepte sans trop de peine.

Des visages ordinaires, peu connus, cela pourrait être autant vous que moi. On se fond dans cet environnement et on en adopte le ton, l'accent britannique tonitruant et les contre-jour utilisés avec audace, ramenant à l'avant les traits humains et non ceux des acteurs, ajoutant à l'anonymat de ces personnages qui représentent des types de personne plus que des personnages en particulier.

Plus le film avance et plus sa réhabilitation se passe bien, plus ses connaissances s'animent, ses histoires de cœur s‘enflamment, son emploi prend forme. Tout semble bien se passer alors qu'en parallèle ressurgit peu à peu son passé. Un passé si brut, rempli de violence face à une amitié qu'on ne comprend pas. Un peu comme si cette amitié avait tout de repoussant, mais qu'au fond, pour ce jeune homme abandonné et méprisé de tous, il trouvait enfin la seule chose qu'il avait besoin, au point de tout se permettre.

Lentement les pièces du puzzle s'offrent à nous autant dans le présent que dans le passé. Puis, alors que dans le présent tout semble aller bien, le passé surgira avec force, étalant tout ce que le film a de le ventre.

Doit-on pardonner? Là, les scènes puissantes ressurgiront. Là, l'émotion se fera ressentir et on se fera emporter dans un tourbillon de sentiments indescriptibles qui nous envahiront de tout notre être. Les répliques seront dites tel un coup au visage et tout ce qu'on aura vu auparavant ne sera que plus efficace pour mieux comprendre tout ce que notre protagoniste semble vivre.

Où est la justice au fond et que peuvent bien vouloir dire de "simples" erreurs de jeunesses?

On ne pardonne pas entièrement au protagoniste, mais on ne le condamne pas non plus. On nous immerge dans sa situation, afin d'en comprendre chaque ressort, en nous offrant le choix, même à la fin, de l’accepter et de lui pardonner ou d’entièrement le condamner.

De plus, Le tout est exécuté avec une telle justesse et une telle sincérité, on ne cherche pas absolument les larmes ou la pitié, on fait ressentir et ce, avec force. Il n'y a pas de prétentions ici et l'expérience devient totale.

De mon côté, complètement submergé, je ne souhaitais qu'une chose, pardonner et être pardonné d'avoir honteusement douté. Si beau, si subtil, si magnifique. Fortement recommandé.

4/5 Jschartrand

CROWLEY, John. Boy A. 100 min., son, couleurs, Royaume-Uni, 2007.

...maman est chez le coiffeur: les enfants déprimés


...maman est chez le coiffeur pourrait s'apparenter à bien des choses, mais quelque chose d'autant déprimant que beau plane sur ce film de Léa Pool.

Près de quatre années se sont écoulées depuis son dernier film, le fort décevant Papillon bleu. Alors bon, Léa Pool, imposante et plutôt rare femme cinéaste dans le milieu québécois, ne pouvait que mieux récidiver. Le hic? Tomber dans la même année que C'est pas moi, je le jure! Il est très difficile de passer sous silence les nombreuses ressemblances qui unissent ces deux films. Au point où on pourrait dire de celui de Léa Pool qu'il en est comme le penchant féminin.

Il y a l'époque (très bien recréée), il y a l'importance dominante des enfants (plutôt bien dirigés), il y a le désespoir (fortement appuyé), le ton mélancolique (constamment représenté) et le point tournant: le départ de la mère qui chamboule tout.

Pourtant, si l'ambiance chaleureuse des vacances, les couleurs rayonnantes de l'été et le son ambiant de la chaleur laisse prévoir une jolie comédie sur le temps des vacances et la folie qui l'entoure, ce qui nous est servi change rapidement de ton pour offrir un drame souvent lourd et où il devient difficile d'y échapper.

Il y a également un côté guerre des tuques/la forteresse suspendue dans la façon d'utiliser les enfants, de les faire interagir ou de les utiliser. C'est d'ailleurs ce qui accroche souvent: les dialogues. Non pas qu'ils ne soient pas bien écrits, ils ont une certaine poésie et de fortes images qui touchent profondément, mais le tout manque un peu de réalisme, de naturel. Autant chez les adultes que les enfants.

De plus, tout au long du film l'élément pilier va manquer: Céline Bonnier. Magnifique dans ce rôle de femme attentionnée, dévouée, délaissée, détruite, désespérée et autre. Lorsqu'elle quittera, personne n'arrivera à s'en remettre autant du côté des personnages que chez le spectateur. Cependant, est-ce que cela doit être vu comme une faille ou un coup de génie d'avoir réussi à transmettre exactement au public le sentiment de ses personnages?

Dur à dire.

Ainsi tout ira sans dessus dessous au point de ne plus savoir où se diriger, mais le tout demeurera très dramatique et dans un sens très beau.

Suivant avec brio le désespoir descendant de chaque personnage qui ne savent pas trop quoi faire, comment vivre, comment réagir, comment être avec qui.

Bien que l'histoire ne captivera pas du début à la fin, elle aura un certain don pour hanter bien longtemps.

3½/5 Jschartrand

POOL, Léa. …maman est chez le coiffeur. 97 min., son, couleurs, Québec, 2008.

Far from heaven: enfer de différences


Bien évidemment Far from heaven fascinera beaucoup plus les grands amateurs de cinéma que ceux qui écoutent un film seulement pour le divertissement. Malgré tout, et c'est ce qui est admirable avec ce film, on peut l'apprécier à bien des niveaux.

Far from heaven n'était que le début, Todd Haynes a prouvé avec son dernier film qu'il s'adressait à une catégorie particulière de spectateur. Effectivement, I'm not there qui s'avérait être un film biographique des plus original (illustrer le personnage à travers ses différentes personnalités tous interprétés par des acteurs différents dont l'inoubliable performance de Cate Blanchett, fallait le faire!), n'arrivaient à satisfaire que les plus grands « trippeux » du 7e art prêt à baver devant un tel chef-d’œuvre au risque de ne rien y comprendre.

Far from heaven, moins intense, se veut un incroyable hommage aux films des années 50. La reconstitution est magnifique non seulement dans les costumes, les décors, mais aussi du point de vue technique. La teinte du film est très "Technicolor", les fondus, quelques imperfections de raccords, une caméra plutôt figé, même dans ses mouvements, des angles qui vont un peu dans tous les sens, mais ne restent jamais très statique. On a d'ailleurs, à bien des points, fait le film de la même façon qu'aux années 50. Bref, une technique implacable qui fera reculer les spectateurs normaux habitué aux normes de notre époque, mais qui fera sans contredit baver les plus grands amateurs.

La musique aussi chavire l'oreille par une incroyable mélodie, dernière composition du regretté Elmer Bernstein, mais qui écorche ici et là pour insister sur plusieurs tensions dramatiques.

Les interprétations? Quel beau casting! La toujours excellente Patricia Clarkson, un très juste et chaleureux Dennis Hasybert, un bien modeste Dennis Quaid, une touchante Viola Davis (avant Doubt) et bien évidemment, la toujours excellente, hallucinante et renversante Julianne Moore dans un rôle si noble et beau.

Alors derrière toute cette excellente réalisation, que se cache-t-il? Une histoire qui n'intéresse pas? Au contraire, Todd Haynes s'en est également chargé et il livre ici un récit magnifique, poignant, navrant et touchant qui se centre sur les différences et la difficulté de la société à accepter ce qui n'est pas commun.

Cathy Whitaker est la femme parfaite, le modèle idéal et de plus, elle est très ouverte et moderne dans sa façon de penser. C'est donc dans cette voie qu'elle pourra très bien vivre avec l'orientation ambiguë de son mari et se tisser une belle amitié avec son jardinier noir. Malheureusement, ce monde où elle aimerait tant vivre n'existe pas encore.

Récit à la fois touchant, beau, contemplatif, percutant et profond, l'histoire nous prend grâce à son magnifique rythme et toutes les qualités énumérées auparavant qui composent cet excellent long-métrage. Incroyable.

4½/5 Jschartrand

HAYNES, Todd. Far From heaven. 107 min., son, couleurs, France, Etats-Unis, 2002.

dimanche 22 mars 2009

Son of Rambow: originalité quand tu nous tiens


Les films familiaux sont souvent sans réelle saveur. Mignons, tendres et sans défense, on n'ose pas et on se contente de formules toute faites d'avance en tentant d'y insérer tant bien que mal une once si minime d'originalité pour épater la galerie. Et bien avec plus que grand bonheur Son of Rambow s'avère être une délicieuse et parfaitement bien sucrée surprise!

Bien sûr rien n'est parfait il faut se le dire tout de suite. Toutefois, ne gâchons pas notre plaisir ni la jouïssance ressentie durant l'écoute de ce film. Puisqu'en y repensant bien c'est sûrement le film familial le plus original que j'ai vu depuis très longtemps.

L'histoire? Dans une période indéterminée évoquant les 80's deux jeunes de la même école provenant de styles de vie plutôt différents, mettront leur passion en commun pour réaliser sans prétention un film maison.

Oui-oui, ça sonne bien un peu comme le Be kind rewind de Michel Gondry, mais entre les mains d'enfants. D'ailleurs, quand on y repense, avec leurs décors cartons, leur innocence, la naïveté du récit ponctué d'une belle dramatique, les situations loufoques, les éléments étranges, voir weird (cet échange étudiant sorti de nulpart par exemple) qui ne s'expliquent même pas qui se font regarder pour notre plus grand bonheur, peuvent bien évoquer le style de Gondry.

Mais bon, pourquoi ce film est-il si particulier? Sûrement par son authenticité. Non seulement par le jeu de ses acteurs très jeunes dirigés avec passion, sûrement aussi par ce récit qui se trame derrière une certaine autobiographie d'après ce qu'on peut lire un peu partout et par bien d'autres détails tout plus adorables les uns des autres, émanant de cette belle folie créatrice.

Sa réalisation mélange les effets, mêle dessin d'enfant à réalité, imaginaire, fantaisie, rires et cruauté. Sa trame sonore se savoure également tel une bonne compilation de vieilles chansons (comment ne pas sourire et danser de bonheur sur Close to me de The cure?)

Prévisible? Peut-être, mais pour un divertissement qui pousse les émotions, évoque souvenirs et passions, Son of Rambow est plus qu'un choix tout désigné. Ne boudons pas ce plaisir qui ne se gène pas de révéler à la toute fin de son générique que depuis tout ce temps, il y avait une faute au titre puisque comme tout le monde le sait, Rambo ça ne prend pas de "w" ! S'avouer son innocence avec tant de dignité? Impossible de résister.

Grandement conseillé à tous ces coeurs d'enfants appartenant autant à petits qu'à grands.

4/5 Jschartrand

JENNINGS, Garth. Son of Rambow. 96 min., son, couleurs, Royaume-Unis, France, Allemagne, 2007.

jeudi 12 mars 2009

Next: deux minutes de trop


Philip K. Dick a tout de même permis de bons coups. On repense à Blade runner, à Minority report et même Paycheck passait la barrière. Cependant, Next est d'un tout autre ordre. Alors que le film se termine, sa fin ne laisse certainement pas sans réactions, mais vraiment pas pour les raisons escomptées.

Comment un film peut être autant ridicule et mauvais? La question se pose à l'endroit, à l'envers, à gauche, à droite .. Peu importe la façon, aucunes raisons ne va en ressortir. On ne peut comprendre, mais on ne peut aller plus loin, Next est horriblement mauvais.

D'ailleurs, Nicolas Cage semble être un peu perdu dans sa carrière et aurait définitivement besoin de se reprendre en main. Après s'être offert avec brio dans Adaptation, le surprenant Matchstick men, un divertissant National treasure (dans le même genre que Da vinci Code et plus réussi surtout) et un particulier Lord of war, sa carrière est en chute libre et son apparence physique aussi. D'abord il y a eu le pénible World trade center et sa fameuse moustache, puis Ghost rider avec cette satané perruque et là Next, puis une terrible suite de National treasure et disons que Knowing a vraiment pas l'air de voler très haut (serait-ce le nombre 23 de 2009?)

C'est d'ailleurs le premier point qui frappe avec ce film. Quel gâchis d'acteurs! Bon Cage ça peut passer, ça balance très bien dans sa phase: je fais plein de films qui ne passeront pas à l'histoire (ou si oui pour des mauvaises raisons), mais alors de gâcher le talent de Julianne Moore, de ne pas embellir la carrière de Jessica Biel et de confiner dans un rôle plus que mineur Thomas Kretschmann, disons que c'est du sacré culot.

Peut-être aussi est-ce du narcissisme et une porte de secours pour rendre le film rentable. De un, on exhibe la preuve de notre fortune (puisque le film a du budget, ce n'est pas ça le problème, disons que tout cet argent a été mal dépensé de bout en bout), payer ces acteurs n'a pas dû être gratuit, mais aussi, on veut attirer la clientèle avec des noms et des visages connus comme si le film à lui seul ne garantissait rien.

D'abord, voir deux minutes du futur, c'est sûrement la prémisse la plus ridicule, la plus stupide et la plus inintéressante de toutes les idées de pouvoirs qui puisse exister. Plus j'y repense et plus c'est idiot, où y est l'intérêt? Je cherche encore. Même là, on aurait pu avoir une histoire qui a du bon sang (elle ne pouvait simplement pas être aussi pire dans le livre). Non, ici tout est prétexte pour des situations rocambolesques à saveur burlesque non-assumé, aux revirements inattendus, mais surtout inexplicables, mais aussi de manipulation du spectateur. Comment? En jouant, tout sauf habilement, avec la forme et le comment du pourquoi et surtout le: cela s'est-il réellement passé? Du déjà vu on s'entend, mais à cette sauce, on en demandait pas tant. Et d'ailleurs en plus d'agacer, cette forme obtiendra son point culminant avec la finale la plus fesse-dedans (pour les mauvaises raisons) et la plus stupide depuis bien longtemps.

Pour continuer à vous décourager si cela n'est pas fait, il y a quelque chose de vraiment laid dans ce film. Les costumes? Je ne sais pas ce qui s'est produit, mais ces restants de friperie n'ont rien d'aguichant. En fait tout le côté artistique du film laisse à désirer. Les plans n'ont aucunes beautés, les couleurs ne se marient pas entre elles, les lieux sont horribles, c'est laid très laid. En plus, si au moins les effets spéciaux étaient bien exécuter, spectaculaire ou servaient du moins à asservir des situations impressionnantes et non pas du: ben voyons, c'est beaucoup trop stupide et ça a trop l'air faux! (Pour ne pas dire fake en bon français).

En somme, trouver une qualité à cette décharge est plus qu'un défi de taille, c'est pratiquement impossible. Rien n'est en sa faveur. Du début à la fin et alors qu'on se demande encore où était l'intérêt de faire un tel film, au point de repenser à Nicolas Cage et sa possibilité de voir deux minutes dans le futur, on a d'autres choix que de se dire que dans n'importe lequel des cas, que ce serait décidément deux minutes de trop.

1/5 Jschartrand

TAMAHORI, Lee. Next. 96 min., son, couleurs, États-Unis, 2007.

vendredi 6 février 2009

Les idiots: pour ou contre la bourgeoisie?


Lars von Trier adore choquer. Enfin. Aime-t-il cela ou a-t-il simplement un désir incroyable de dénoncer par le biais de visions complètement inusitées et dérangeantes?

Les idiots ne fait certainement pas exception dans la lignée que Von Trier s'est donnée. Tout au long du film, beaucoup d'idées anarchiques et anti-bourgeoises, autant d'un point de vue social ou d'un contexte plus habituel, ont lieux. Filmé de manière quasi documentaire (d'ailleurs, on entrecoupe souvent en interviewant plusieurs des personnages), le film n'est visuellement pas attrayant, mais cadre beaucoup plus d'un contexte ultra réaliste.

Il m'est difficile de croire que le film peut accrocher dès ces premiers instants. Pour moi, ce fut dur de me dire que j'allais apprécier, tellement ce qui y était présenté m'écorchait et me répulsait. Pourtant, et c'est une des forces de Von Trier, il crée des films tellement poignants qui se fondent dans un contexte tellement intimiste et déroutant, qu'on se laisse imprégner par ses histoires et presque entièrement habiter par ces films.

En effet, les moments déplaisants, malaisés et souvent peu rassembleurs ou attachants se multiplient, mais au fur et à mesure que ça avance (si on souhaite bien faire partie de l'expérience proposée), le tout atteint un seuil réellement personnel, intérieur et singulier alors qu'on sent une certaine appartenance à ce groupe de gens qui dénoncent la bourgeoisie en faisant les idiots partout où ils vont. Le récit finit par captiver et par impressionner alors que d'imposants et d'indéniables questionnements émergent sur bien des sujets.

Certainement moins long que Dogville, Lars Von Trier a dénaturé son film d'une autre manière. Alors qu'il offrait à Dogville des décors de carton, théâtral, carrément banal, carrément.. Comment dire? Puisque ce n'est ni naturel ou artificiel? Bref, il dénature ici son récit en, non pas banalisant le tout, mais en embellissant rien. En laissant tout tel quel sans nécessairement le prescrire ou le proscrire.

Par contre, il est beaucoup moins poignant, choquant et marquant que son exceptionnel Dancer in the dark. Comédie musicale inhabituelle mettant en vedette Björk, offrant sûrement l'histoire la plus cruelle, voire insupportable, qu'on ait pu écrire/présenter.

Il faut aussi noter les très bonnes performances de ces acteurs majoritairement inconnus qui savent bien interpréter ces personnages qui pourraient bel et bien exister.

Souvent cruel, rarement invitant, cette proposition de Trier choque et sans nécessairement vouloir être un exemple, invoque la réflexion. Vaut un coup d'oeil pour ceux qui cherchent plus qu'un film qu'on écoute pour passer une bonne soirée.

3½/5 jschartrand

VON TRIER, Lars. Idioterne. 117 min., son, couleurs, Danemark, France, Italie, Suède, Pays-Bas, 1998.