jeudi 30 juillet 2009

The incredible Hulk: un jeu vidéo aux graphiques moyens, mais au scénario soigné


Franchement, je ne le cacherai à personne, je suis très peu familier avec l'univers de Hulk. Je n'ai jamais lu ni même touché à une bande dessinée de la franchise, je n'ai jamais vu les vieilles séries et comble de tout ça, je n'ai même pas vu la version que l'énigmatique Ang Lee a fait. (Bon pour ce point, à en lire ce que tout le monde en a pensé, je n'ai absolument rien manqué!). Alors comment apprivoiser la plus récente version, The incredible Hulk? Avec un sourire!

Bon, bon, je sens que vous attendez des explications. Et bien oui après un renouveau qui n'a pas fonctionné, on a pas perdu espoir en un filon qui pourrait rapporter. Voulant épuiser les superhéros dans cette vague qui étouffe depuis déjà bien des années, afin d'offrir au public qui demande toujours plus, on a voulu redonner au géant vert le mérite qu'il a l'habitude d'avoir et on a relancé sa franchise. Au menu? Un nouveau réalisateur, un renouveau dans l'histoire et une nouvelle distribution. Bref, on repart en neuf.

Est-ce une bonne nouvelle? Oui. On se retrouve à bord d'une équipe qui déborde de compétences. Qui, mais qui contredirait le talent de l'incroyable Edward Norton à l'impressionnante filmographie? Sûrement peu de gens. (Bien qu'on ne se le cachera pas, cela reste bien marrant de le voir se camoufler en un sosie de Shia Labeouf avec comme seuls armes un polar et une casquette, ce qu'il a l'air d'un gamin!, comme quoi entre sa forme humaine et.. l'autre forme, cela fait tout une différence.)

Puisqu'on ne se le cachera pas, le terme superhéros doit rallonger ses frontières s'il compte y inclure Hulk à l'intérieur, du moins, pour ce film. C'est d'ailleurs là le côté le plus fascinant de ce personnage puisque le dilemme est en lui-même. Le méchant, c'est son alter-ego qu'il n'arrive pas à contrôler et qui l'empêche de vivre normalement. (Résultat d'une expérience scientifique qui a mal tourné, typique de notre cher Stan Lee qui évidemment fait de moins en moins subtilement son habituel cameo).

Ainsi, le scénario commence sans faille et livre la marchandise avec grand succès, jusqu'à ce qu'on décide que ce n'est pas assez, que c'est un blockbuster et qu'il faut en mettre plein la vue. C'est là que ça se gâte.

Effectivement on amène le personnage de Tim Roth sorte de psychopathe maniaque avide de pouvoir et apparemment sans raisons qui s'avèrera encore plus incontrôlable que "Hulk" lui-même au point d'en devenir un monstre encore plus horrifiant. De quoi épater la galerie pour le combat final avec une bataille artificielle sans bon sens.

D'ailleurs c'est le détail majeur qui cloche. Les effets spéciaux sont mauvais et mal fait. Hulk est horrible (pas seulement du côté physique) [On est loin de l'époque où Hulk était un humain réel peinturé de vert, cela dit...] et tout le reste.. Catastrophique. À beaucoup trop de moment on a l'impression d'assister à un mauvais jeu vidéo sans même pouvoir prendre les commandes. C'est frustrant à plus d'un niveau. Surtout quand on suppose que le budget devait y être.

Heureusement, on se console, car comme dit plus tôt, la distribution est agréable (la toujours délicieuse Liv Tyler) et au commande, Louis Leterrier sait ce qu'il fait. Après avoir délaissé le transporteur, il s'approprie un personnage qui étrangement, tout en étant différent, reste tout de même similaire. Sorte de superhéros imprévisible, incontrôlable, mais diablement calme quand on ne le fâche pas.

Ainsi, on se retrouve avec un film qui par moment prouve qu'il a envie de prendre les directions que des films comme The Dark Knight prennent, en visant des pays étrangers, des fabriques industriels et d'autres regards sur des sujets politiques, sociaux ou autre qui n'ont pas toujours la place dans ces univers fantaisistes, mais de l'autre on finit toujours par en revenir aux exigences des blockbuster habituels, ce qui vient gâcher à plus d'un moment notre appréciation du film.

Heureusement, malgré ce bon scénario ruiné par des effets spéciaux de piètre qualité doublé du désir de vouloir absolument impressionner, la dernière note du film a tout pour exciter et nous garder en haleine tout comme la scène secrète à la fin du générique de Iron Man avait le don de le faire, au point de (surprenamment) en redemander.

2.5/5 Jschartrand

LETERRIER, Louis. The incredible Hulk, 112 min., son, couleurs, Etats-Unis, 2008.

dimanche 26 juillet 2009

Storytelling: y a-t-il vraiment un écart entre la réalité et la fiction?


Dur de récidiver après un chef-d'oeuvre comme Happiness? On pourrait croire que oui. Pourtant en usant de son savoir faire Todd Solondz parvient à tirer avec aisance son épingle du jeu en reprenant son style particulier et en poussant à d'autres extrêmes sa réflexion sur les petites vies bourgeoises. L’étonnante spontanéité de l’ensemble laisse croire qu’étonnamment, il lui en restait encore à vider!

En effet, Storytelling n'apparaît pas nécessairement comme une suite d'Happiness, mais il se lie facilement avec l'univers de ce dernier alors qu'on y reconnaît sans problèmes l'environnement, mais aussi le style du créateur. La forme de ce nouvel opus laisse également envisager que ce film pourrait bien représenter des histoires qui n'ont pas été retenues pour Happiness alors qu'on le sépare entre deux parties distinctes qui ne se lient pas entre eux.

D'un côté l'histoire fictive et de l'autre, l'histoire non-fictive. Il y a sûrement beaucoup plus qu'une simple pointe d'ironie dans cette façon de répertorier les parties, mais cela s'oublie vite alors qu'on passe par une gamme d'émotions à travers ces deux histoires qui étonnent au fur et à mesure qu'on s‘enfonce dans chacune d‘entre elles.

Par contre, la première effraie quelque peu. Plus dramatique, moins humoristique, plus neutre, on y parle peu et on y est très direct. Cela effraie quant au ton que le film pourrait prendre. Mais bon, on ne chiale pas trop et on s'enfonce dans cette histoire sans fin alors qu'une étudiante quelque peu blasée de sa relation avec un infirme décide sans trop être consciente de suivre son professeur jusqu'au bout....

Provocante, l'histoire choque et a de quoi faire réagir et pourrait même faire perdre certains spectateurs pour ceux qui ne connaissent pas le style de Solondz.

Si cela était le cas, ce serait une bien grave erreur alors que la seconde partie (à propos d'un homme aux grandes ambitions sans trop d'initiatives qui se lance dans la réalisation d'un documentaire sur une famille typique moderne et d'un de leurs enfants qui devraient normalement se rendre à l'université) se lance avec brio dans ce mélange fortement équilibré de drame, d'humour, de critique, d'ironie et de tout ce que vous voudrez qui faisait bel et bien le succès de Happiness. Sans jamais l'égaler, on ne peut cacher que Todd Solondz est plus que talentueux. Son regard sur la société est acéré, son écriture modèle et sa mise en scène parfaite. Chaque détails aussi minime soit-il est réfléchi avec intelligence pour créer exactement l'effet souhaiter et ça c'est un grand savoir faire.

Fort de dialogues savoureux et de performances lumineuses grâce à cette excellente distribution, Solondz livre ainsi un film qui ne manque pas d'écorcher à plus d'un moment. Jusqu'où ira-t-il? Cela pourrait bien être la question qui nous traverse l'esprit pendant le film, mais le fait est qu'il va justement vers des directions qu'on aurait même pas imaginer.

Ce qui déçoit? Sa durée. C'est court, très. Et cela déçoit encore plus quand on apprend qu'une troisième histoire était existante au départ, mais que sans de raisons formelles elle fut abandonnée au produit final.

Enfin, on se console avec ce qu'on a et on savoure chaque moment de ce film qui pourrait avoir tout pour repousser, mais qui au final a de quoi faire réagir tout en divertissant de façon fort intelligente. Bravo!

4/5 jschartrand

SOLONDZ, Todd. Storytelling, 87 min., son, couleurs, Etats-Unis, 2001.

jeudi 21 mai 2009

Boy A: Doit-on pardonner?


Un film juste, profond, émouvant, éprouvant même, qui ne se dévoilera qu'au fur et à mesure qu'on en comprendra ses intentions. Critique de Boy A, un film anglais qu'ont ne doit absolument pas négliger.

La rédemption, le pardon, les erreurs de jeunesse amplifiées à un niveau incontrôlable. Voilà ce qu'on peut retrouver dans ce film. C'est ce qu'on ressent aux premiers abords? Non et c'est là mon erreur, celle d'avoir douté. Douté que ce film n'avait aucunes idées de ce qu'il faisait ou de où il se dirigeait. Douté que ce film marcherait sur moi comme durant tous ces festivals où il a été applaudi. De cela, j'aimerais me faire pardonner.

Non, aux premiers abords on a droit à un univers morne, gris, quelque peu vide et plutôt silencieux où un jeune homme est relâché de prison. Ce dernier est grandement épaulé par un père qui essuie de son côté un conflit père-fils qui n'est pas du tout à négliger.. Oh ça non. Pour notre protagoniste? Nouveau nom, nouvelle identité, passé caché. On y suit sa réhabilitation dans un monde qui face à l'inconnu l'accepte sans trop de peine.

Des visages ordinaires, peu connus, cela pourrait être autant vous que moi. On se fond dans cet environnement et on en adopte le ton, l'accent britannique tonitruant et les contre-jour utilisés avec audace, ramenant à l'avant les traits humains et non ceux des acteurs, ajoutant à l'anonymat de ces personnages qui représentent des types de personne plus que des personnages en particulier.

Plus le film avance et plus sa réhabilitation se passe bien, plus ses connaissances s'animent, ses histoires de cœur s‘enflamment, son emploi prend forme. Tout semble bien se passer alors qu'en parallèle ressurgit peu à peu son passé. Un passé si brut, rempli de violence face à une amitié qu'on ne comprend pas. Un peu comme si cette amitié avait tout de repoussant, mais qu'au fond, pour ce jeune homme abandonné et méprisé de tous, il trouvait enfin la seule chose qu'il avait besoin, au point de tout se permettre.

Lentement les pièces du puzzle s'offrent à nous autant dans le présent que dans le passé. Puis, alors que dans le présent tout semble aller bien, le passé surgira avec force, étalant tout ce que le film a de le ventre.

Doit-on pardonner? Là, les scènes puissantes ressurgiront. Là, l'émotion se fera ressentir et on se fera emporter dans un tourbillon de sentiments indescriptibles qui nous envahiront de tout notre être. Les répliques seront dites tel un coup au visage et tout ce qu'on aura vu auparavant ne sera que plus efficace pour mieux comprendre tout ce que notre protagoniste semble vivre.

Où est la justice au fond et que peuvent bien vouloir dire de "simples" erreurs de jeunesses?

On ne pardonne pas entièrement au protagoniste, mais on ne le condamne pas non plus. On nous immerge dans sa situation, afin d'en comprendre chaque ressort, en nous offrant le choix, même à la fin, de l’accepter et de lui pardonner ou d’entièrement le condamner.

De plus, Le tout est exécuté avec une telle justesse et une telle sincérité, on ne cherche pas absolument les larmes ou la pitié, on fait ressentir et ce, avec force. Il n'y a pas de prétentions ici et l'expérience devient totale.

De mon côté, complètement submergé, je ne souhaitais qu'une chose, pardonner et être pardonné d'avoir honteusement douté. Si beau, si subtil, si magnifique. Fortement recommandé.

4/5 Jschartrand

CROWLEY, John. Boy A. 100 min., son, couleurs, Royaume-Uni, 2007.

...maman est chez le coiffeur: les enfants déprimés


...maman est chez le coiffeur pourrait s'apparenter à bien des choses, mais quelque chose d'autant déprimant que beau plane sur ce film de Léa Pool.

Près de quatre années se sont écoulées depuis son dernier film, le fort décevant Papillon bleu. Alors bon, Léa Pool, imposante et plutôt rare femme cinéaste dans le milieu québécois, ne pouvait que mieux récidiver. Le hic? Tomber dans la même année que C'est pas moi, je le jure! Il est très difficile de passer sous silence les nombreuses ressemblances qui unissent ces deux films. Au point où on pourrait dire de celui de Léa Pool qu'il en est comme le penchant féminin.

Il y a l'époque (très bien recréée), il y a l'importance dominante des enfants (plutôt bien dirigés), il y a le désespoir (fortement appuyé), le ton mélancolique (constamment représenté) et le point tournant: le départ de la mère qui chamboule tout.

Pourtant, si l'ambiance chaleureuse des vacances, les couleurs rayonnantes de l'été et le son ambiant de la chaleur laisse prévoir une jolie comédie sur le temps des vacances et la folie qui l'entoure, ce qui nous est servi change rapidement de ton pour offrir un drame souvent lourd et où il devient difficile d'y échapper.

Il y a également un côté guerre des tuques/la forteresse suspendue dans la façon d'utiliser les enfants, de les faire interagir ou de les utiliser. C'est d'ailleurs ce qui accroche souvent: les dialogues. Non pas qu'ils ne soient pas bien écrits, ils ont une certaine poésie et de fortes images qui touchent profondément, mais le tout manque un peu de réalisme, de naturel. Autant chez les adultes que les enfants.

De plus, tout au long du film l'élément pilier va manquer: Céline Bonnier. Magnifique dans ce rôle de femme attentionnée, dévouée, délaissée, détruite, désespérée et autre. Lorsqu'elle quittera, personne n'arrivera à s'en remettre autant du côté des personnages que chez le spectateur. Cependant, est-ce que cela doit être vu comme une faille ou un coup de génie d'avoir réussi à transmettre exactement au public le sentiment de ses personnages?

Dur à dire.

Ainsi tout ira sans dessus dessous au point de ne plus savoir où se diriger, mais le tout demeurera très dramatique et dans un sens très beau.

Suivant avec brio le désespoir descendant de chaque personnage qui ne savent pas trop quoi faire, comment vivre, comment réagir, comment être avec qui.

Bien que l'histoire ne captivera pas du début à la fin, elle aura un certain don pour hanter bien longtemps.

3½/5 Jschartrand

POOL, Léa. …maman est chez le coiffeur. 97 min., son, couleurs, Québec, 2008.

Far from heaven: enfer de différences


Bien évidemment Far from heaven fascinera beaucoup plus les grands amateurs de cinéma que ceux qui écoutent un film seulement pour le divertissement. Malgré tout, et c'est ce qui est admirable avec ce film, on peut l'apprécier à bien des niveaux.

Far from heaven n'était que le début, Todd Haynes a prouvé avec son dernier film qu'il s'adressait à une catégorie particulière de spectateur. Effectivement, I'm not there qui s'avérait être un film biographique des plus original (illustrer le personnage à travers ses différentes personnalités tous interprétés par des acteurs différents dont l'inoubliable performance de Cate Blanchett, fallait le faire!), n'arrivaient à satisfaire que les plus grands « trippeux » du 7e art prêt à baver devant un tel chef-d’œuvre au risque de ne rien y comprendre.

Far from heaven, moins intense, se veut un incroyable hommage aux films des années 50. La reconstitution est magnifique non seulement dans les costumes, les décors, mais aussi du point de vue technique. La teinte du film est très "Technicolor", les fondus, quelques imperfections de raccords, une caméra plutôt figé, même dans ses mouvements, des angles qui vont un peu dans tous les sens, mais ne restent jamais très statique. On a d'ailleurs, à bien des points, fait le film de la même façon qu'aux années 50. Bref, une technique implacable qui fera reculer les spectateurs normaux habitué aux normes de notre époque, mais qui fera sans contredit baver les plus grands amateurs.

La musique aussi chavire l'oreille par une incroyable mélodie, dernière composition du regretté Elmer Bernstein, mais qui écorche ici et là pour insister sur plusieurs tensions dramatiques.

Les interprétations? Quel beau casting! La toujours excellente Patricia Clarkson, un très juste et chaleureux Dennis Hasybert, un bien modeste Dennis Quaid, une touchante Viola Davis (avant Doubt) et bien évidemment, la toujours excellente, hallucinante et renversante Julianne Moore dans un rôle si noble et beau.

Alors derrière toute cette excellente réalisation, que se cache-t-il? Une histoire qui n'intéresse pas? Au contraire, Todd Haynes s'en est également chargé et il livre ici un récit magnifique, poignant, navrant et touchant qui se centre sur les différences et la difficulté de la société à accepter ce qui n'est pas commun.

Cathy Whitaker est la femme parfaite, le modèle idéal et de plus, elle est très ouverte et moderne dans sa façon de penser. C'est donc dans cette voie qu'elle pourra très bien vivre avec l'orientation ambiguë de son mari et se tisser une belle amitié avec son jardinier noir. Malheureusement, ce monde où elle aimerait tant vivre n'existe pas encore.

Récit à la fois touchant, beau, contemplatif, percutant et profond, l'histoire nous prend grâce à son magnifique rythme et toutes les qualités énumérées auparavant qui composent cet excellent long-métrage. Incroyable.

4½/5 Jschartrand

HAYNES, Todd. Far From heaven. 107 min., son, couleurs, France, Etats-Unis, 2002.

dimanche 22 mars 2009

Son of Rambow: originalité quand tu nous tiens


Les films familiaux sont souvent sans réelle saveur. Mignons, tendres et sans défense, on n'ose pas et on se contente de formules toute faites d'avance en tentant d'y insérer tant bien que mal une once si minime d'originalité pour épater la galerie. Et bien avec plus que grand bonheur Son of Rambow s'avère être une délicieuse et parfaitement bien sucrée surprise!

Bien sûr rien n'est parfait il faut se le dire tout de suite. Toutefois, ne gâchons pas notre plaisir ni la jouïssance ressentie durant l'écoute de ce film. Puisqu'en y repensant bien c'est sûrement le film familial le plus original que j'ai vu depuis très longtemps.

L'histoire? Dans une période indéterminée évoquant les 80's deux jeunes de la même école provenant de styles de vie plutôt différents, mettront leur passion en commun pour réaliser sans prétention un film maison.

Oui-oui, ça sonne bien un peu comme le Be kind rewind de Michel Gondry, mais entre les mains d'enfants. D'ailleurs, quand on y repense, avec leurs décors cartons, leur innocence, la naïveté du récit ponctué d'une belle dramatique, les situations loufoques, les éléments étranges, voir weird (cet échange étudiant sorti de nulpart par exemple) qui ne s'expliquent même pas qui se font regarder pour notre plus grand bonheur, peuvent bien évoquer le style de Gondry.

Mais bon, pourquoi ce film est-il si particulier? Sûrement par son authenticité. Non seulement par le jeu de ses acteurs très jeunes dirigés avec passion, sûrement aussi par ce récit qui se trame derrière une certaine autobiographie d'après ce qu'on peut lire un peu partout et par bien d'autres détails tout plus adorables les uns des autres, émanant de cette belle folie créatrice.

Sa réalisation mélange les effets, mêle dessin d'enfant à réalité, imaginaire, fantaisie, rires et cruauté. Sa trame sonore se savoure également tel une bonne compilation de vieilles chansons (comment ne pas sourire et danser de bonheur sur Close to me de The cure?)

Prévisible? Peut-être, mais pour un divertissement qui pousse les émotions, évoque souvenirs et passions, Son of Rambow est plus qu'un choix tout désigné. Ne boudons pas ce plaisir qui ne se gène pas de révéler à la toute fin de son générique que depuis tout ce temps, il y avait une faute au titre puisque comme tout le monde le sait, Rambo ça ne prend pas de "w" ! S'avouer son innocence avec tant de dignité? Impossible de résister.

Grandement conseillé à tous ces coeurs d'enfants appartenant autant à petits qu'à grands.

4/5 Jschartrand

JENNINGS, Garth. Son of Rambow. 96 min., son, couleurs, Royaume-Unis, France, Allemagne, 2007.

jeudi 12 mars 2009

Next: deux minutes de trop


Philip K. Dick a tout de même permis de bons coups. On repense à Blade runner, à Minority report et même Paycheck passait la barrière. Cependant, Next est d'un tout autre ordre. Alors que le film se termine, sa fin ne laisse certainement pas sans réactions, mais vraiment pas pour les raisons escomptées.

Comment un film peut être autant ridicule et mauvais? La question se pose à l'endroit, à l'envers, à gauche, à droite .. Peu importe la façon, aucunes raisons ne va en ressortir. On ne peut comprendre, mais on ne peut aller plus loin, Next est horriblement mauvais.

D'ailleurs, Nicolas Cage semble être un peu perdu dans sa carrière et aurait définitivement besoin de se reprendre en main. Après s'être offert avec brio dans Adaptation, le surprenant Matchstick men, un divertissant National treasure (dans le même genre que Da vinci Code et plus réussi surtout) et un particulier Lord of war, sa carrière est en chute libre et son apparence physique aussi. D'abord il y a eu le pénible World trade center et sa fameuse moustache, puis Ghost rider avec cette satané perruque et là Next, puis une terrible suite de National treasure et disons que Knowing a vraiment pas l'air de voler très haut (serait-ce le nombre 23 de 2009?)

C'est d'ailleurs le premier point qui frappe avec ce film. Quel gâchis d'acteurs! Bon Cage ça peut passer, ça balance très bien dans sa phase: je fais plein de films qui ne passeront pas à l'histoire (ou si oui pour des mauvaises raisons), mais alors de gâcher le talent de Julianne Moore, de ne pas embellir la carrière de Jessica Biel et de confiner dans un rôle plus que mineur Thomas Kretschmann, disons que c'est du sacré culot.

Peut-être aussi est-ce du narcissisme et une porte de secours pour rendre le film rentable. De un, on exhibe la preuve de notre fortune (puisque le film a du budget, ce n'est pas ça le problème, disons que tout cet argent a été mal dépensé de bout en bout), payer ces acteurs n'a pas dû être gratuit, mais aussi, on veut attirer la clientèle avec des noms et des visages connus comme si le film à lui seul ne garantissait rien.

D'abord, voir deux minutes du futur, c'est sûrement la prémisse la plus ridicule, la plus stupide et la plus inintéressante de toutes les idées de pouvoirs qui puisse exister. Plus j'y repense et plus c'est idiot, où y est l'intérêt? Je cherche encore. Même là, on aurait pu avoir une histoire qui a du bon sang (elle ne pouvait simplement pas être aussi pire dans le livre). Non, ici tout est prétexte pour des situations rocambolesques à saveur burlesque non-assumé, aux revirements inattendus, mais surtout inexplicables, mais aussi de manipulation du spectateur. Comment? En jouant, tout sauf habilement, avec la forme et le comment du pourquoi et surtout le: cela s'est-il réellement passé? Du déjà vu on s'entend, mais à cette sauce, on en demandait pas tant. Et d'ailleurs en plus d'agacer, cette forme obtiendra son point culminant avec la finale la plus fesse-dedans (pour les mauvaises raisons) et la plus stupide depuis bien longtemps.

Pour continuer à vous décourager si cela n'est pas fait, il y a quelque chose de vraiment laid dans ce film. Les costumes? Je ne sais pas ce qui s'est produit, mais ces restants de friperie n'ont rien d'aguichant. En fait tout le côté artistique du film laisse à désirer. Les plans n'ont aucunes beautés, les couleurs ne se marient pas entre elles, les lieux sont horribles, c'est laid très laid. En plus, si au moins les effets spéciaux étaient bien exécuter, spectaculaire ou servaient du moins à asservir des situations impressionnantes et non pas du: ben voyons, c'est beaucoup trop stupide et ça a trop l'air faux! (Pour ne pas dire fake en bon français).

En somme, trouver une qualité à cette décharge est plus qu'un défi de taille, c'est pratiquement impossible. Rien n'est en sa faveur. Du début à la fin et alors qu'on se demande encore où était l'intérêt de faire un tel film, au point de repenser à Nicolas Cage et sa possibilité de voir deux minutes dans le futur, on a d'autres choix que de se dire que dans n'importe lequel des cas, que ce serait décidément deux minutes de trop.

1/5 Jschartrand

TAMAHORI, Lee. Next. 96 min., son, couleurs, États-Unis, 2007.

vendredi 6 février 2009

Les idiots: pour ou contre la bourgeoisie?


Lars von Trier adore choquer. Enfin. Aime-t-il cela ou a-t-il simplement un désir incroyable de dénoncer par le biais de visions complètement inusitées et dérangeantes?

Les idiots ne fait certainement pas exception dans la lignée que Von Trier s'est donnée. Tout au long du film, beaucoup d'idées anarchiques et anti-bourgeoises, autant d'un point de vue social ou d'un contexte plus habituel, ont lieux. Filmé de manière quasi documentaire (d'ailleurs, on entrecoupe souvent en interviewant plusieurs des personnages), le film n'est visuellement pas attrayant, mais cadre beaucoup plus d'un contexte ultra réaliste.

Il m'est difficile de croire que le film peut accrocher dès ces premiers instants. Pour moi, ce fut dur de me dire que j'allais apprécier, tellement ce qui y était présenté m'écorchait et me répulsait. Pourtant, et c'est une des forces de Von Trier, il crée des films tellement poignants qui se fondent dans un contexte tellement intimiste et déroutant, qu'on se laisse imprégner par ses histoires et presque entièrement habiter par ces films.

En effet, les moments déplaisants, malaisés et souvent peu rassembleurs ou attachants se multiplient, mais au fur et à mesure que ça avance (si on souhaite bien faire partie de l'expérience proposée), le tout atteint un seuil réellement personnel, intérieur et singulier alors qu'on sent une certaine appartenance à ce groupe de gens qui dénoncent la bourgeoisie en faisant les idiots partout où ils vont. Le récit finit par captiver et par impressionner alors que d'imposants et d'indéniables questionnements émergent sur bien des sujets.

Certainement moins long que Dogville, Lars Von Trier a dénaturé son film d'une autre manière. Alors qu'il offrait à Dogville des décors de carton, théâtral, carrément banal, carrément.. Comment dire? Puisque ce n'est ni naturel ou artificiel? Bref, il dénature ici son récit en, non pas banalisant le tout, mais en embellissant rien. En laissant tout tel quel sans nécessairement le prescrire ou le proscrire.

Par contre, il est beaucoup moins poignant, choquant et marquant que son exceptionnel Dancer in the dark. Comédie musicale inhabituelle mettant en vedette Björk, offrant sûrement l'histoire la plus cruelle, voire insupportable, qu'on ait pu écrire/présenter.

Il faut aussi noter les très bonnes performances de ces acteurs majoritairement inconnus qui savent bien interpréter ces personnages qui pourraient bel et bien exister.

Souvent cruel, rarement invitant, cette proposition de Trier choque et sans nécessairement vouloir être un exemple, invoque la réflexion. Vaut un coup d'oeil pour ceux qui cherchent plus qu'un film qu'on écoute pour passer une bonne soirée.

3½/5 jschartrand

VON TRIER, Lars. Idioterne. 117 min., son, couleurs, Danemark, France, Italie, Suède, Pays-Bas, 1998.

jeudi 5 février 2009

Across the universe: à consommer avec modération


Cette comédie musicale est loin d'être mauvaise, elle est originale, passionnée et délirante sur bien des points, pourtant l'engouement porté à son égard est allé beaucoup trop fort. Au point de crier au chef-d'oeuvre, à l'oeuvre du millénaire ou au successeur de Moulin rouge!, il y a un pas à franchir. Quelques mots sur ce film à consommer avec modération.

Je ne peux le cacher, la première écoute d'Across the universe provoque en tout spectateur (cinéphile averti ou autres) un plaisir jouissif, voire contagieux pour qui ose se livrer à un tel programme, à une telle invitation.

À qui ose se livrer oui, puisqu'il y a des compromis à effectuer. Évidemment, il faut aimer les comédies musicales, puisque comme à l'habitude la moitié des émotions s'expriment par le biais des chansons. Il faut aussi accepter de toucher au groupe mythique de tous les temps: les Beatles. Puisqu’avant d'oublier, il faut évidemment le mentionner, la caractéristique principale de cette comédie musicale entièrement originale ne se base que sur une chose: les chansons des Beatles. Il faut se livrer et accepter de ne trouver aucun matériel original dans le sens les modèles originaux et de ne trouver trace des Beatles que dans les références et les compositions. Il faut accepter les modifications qu'on lui ait apportées et les changements. Et si, le spectateur accepte de concéder à ses demandes il aura droit à un fort agréable spectacle.

Puisqu’effectivement Julie Taymor (la réalisatrice derrière le magnifique Frida) livre une comédie musicale haute en couleur qui se veut un magnifique voyage lors de la période de révolutions des années 60. Grâce aux chansons des Beatles et à des idées fort astucieuses, on traverse les différentes périodes sans trop de mal et on se livre à un grand voyage temporel.

Cependant, comme j'ai averti au début, le film est à consommer avec modération. Une fois la surprise de la première écoute, ce bonheur ne reviendra plus. C'est un film à jeter après échéance. Le meilleur du film, c'est les chansons, heureusement fort nombreuses (une trentaine de succès) puisque le tout s'avère être une succession de vidéo clips, alors qu'on s'amuse à diriger autrement les sens des chansons avec une imagination débridée. Le hic? L'histoire n'accroche pas réellement et pousse peu les questionnements, l'histoire d'amour n'a rien d'extraordinaire et à dire vrai, quand on ne chante pas, tout tombe presque à plat.

Oh! Rien à dire contre les bonnes performances de ces acteurs généralement peu connu, mais dans ce cas-ci, ils s'avèrent plus habiles quand ils utilisent leurs voix pour chanter ce qu'ils ressentent que lorsqu'ils l'utilisent pour le dire. D'ailleurs la folie psychédélique de Julie Taymor, et qui ajoute à l'idée vidéoclips de la chose, c'est que ces multiples techniques pour offrir une touche de folie à son long-métrage demeure dans une succession d'utilisation d'effets de montage et peu de réalisation. Elle inverse les couleurs, hausse les tonalités, utilise l'effet miroir, y va avec des ralentis, bref elle s'amuse en postproduction. Bien sûr, la réalisation est habile, mais en somme, cette folie n'a rien à apprendre à Moulin rouge! qui maîtrisait tout du début à la fin et réinventait la roue de façon immensément habile.
Taymor peut donc être perçue comme une disciple de Luhrmann qui a bien appris, mais a encore à améliorer pour offrir son chef-d'oeuvre de la comédie musicale. Son oeuvre ci-présente se voit plus comme un succès commercial. Après tout, elle utilise les plus grands succès du plus grand groupe de tous les temps et en plus, elle s'offre quelques guest-stars surprises comme Bono (du groupe U2)qui offre une performance, disons, acceptable de I am the walrus et Salma Hayek (qui incarnait justement Frida Kahlo dans son film précédent).

En somme, le film n'est certainement pas à oublier, mais il ne faut pas en abuser et la totalité de l'oeuvre ne peut malheureusement pas être conservé en archive, on ne s'amusera qu'a réécouter nos passages préférés comme une compilation des meilleurs vidéoclips d'un groupe mythique.

Toutefois, ça demeure un effort fort acceptable et un exemple à suivre pour quiconque en a assez des adaptations des comédies musicales présentées sur scène!

3/5 Jschartrand (3½ pour l'effort si c'est la première écoute)

TAYLOR, Julie. Across the universe. 133 min., son, couleurs, Etats-Unis, 2007.

Control: ne pas le perdre [le contrôle]


Control est un film biographique qui n'en a pas l'air et c'est sûrement sa plus grande force.

Bon, il faut se l'avouer l'histoire du groupe des années 70 Joy Division a certainement une portée moins grande et moins longue que pour beaucoup d'autres artistes et groupes, pourtant (et c'est aussi une autre main d'applaudissement à donner au réalisateur Anton Corbijn qui signe son premier film, habituellement connu pour la création de vidéoclip) le film réussit parfaitement à convaincre de sa raison d'être.
Basé majoritairement sur la biographie de la femme de Ian Curtis, chanteur du groupe, le film dépeint un portrait intimiste de sa courte vie.

On traite le tout avec sobriété, naturel et réalisme, pas d'agaçant basé sur une histoire vrai (souvent discutable), sauf une minuscule insertion à la toute fin du film qui pourrait très bien avoir lieu dans un film non biographique. Après tout, le film quant à sa forme, tient beaucoup plus de la fiction que d'un traitement historique. On nous laisse vivre l'histoire au lieu de la vanter ou de se sentir à tout moment en situation d'hommage.

Autre bon point, on n'emphase rien de façon inutilement trop dramatique. Pas de gigantesque trente minutes illustrant dramatiquement comment il a sombré dans l'enfer de la drogue, qu'il a trompé sa femme ou autres. Le tout demeure saint, beau et conserve un ton plutôt dramatique. Aidé majoritairement par la sublime direction photo dé-saturée, offrant un magnifique noir et blanc en tons de gris, appuyé par de magnifiques cadrages.

On y ajoute de très bonnes performances d'acteurs (qui interprètent eux-mêmes les différents succès de Joy Division), un rythme non pas contemplatif, mais juste et on trouve un très bon film qui vient défaire le moule biographique qu'on a souvent tendance à livrer.

Non pas que je crache sur ce genre de films, il y en a des excellents, Walk the line en tête de liste, mais de sortir du lot est souvent une bonne chose.

Sans être exceptionnel, Control demeure un très bon film qui en ayant conservé le naturel de la chose, touche et raconte sans exagérations.

3½/5 Jschartrand

CORBIJN, Anton. Control. 122 min., son, noir et blanc, Etats-Unis, Royaume Uni, Australie, Japon, 2007.

Revolutionary road: la force de l'espoir contre l'impitoyable vérité


Ah! Le retour du trio du Titanic. Oui bien sûr, le duo Winslet-DiCaprio, mais aussi de Katy Bathes qui les accompagne. Beaucoup diront que ce ne sera qu'une idée pour bêtement attirer les foules. Pourtant, le produit qui s'en dégage est bien plus qu'un simple film, que de simples retrouvailles. En émane un tableau tout simplement magnifique de la vie de banlieue.

Frank et April ont eu le coup de foudre l'un pour l'autre lors d'une petite soirée. Rapidement ils se sont installés en banlieue pour y vivre la vie parfaite tant rêvée et espérée. Le film ne raconte pas ce côté de l'histoire. Il offre l'envers de la médaille, il illustre le rêve déchue.

On dit que Kate Winslet et Leonardo DiCaprio sont au sommet de leur art dans Revolutionary road. C'est plus que vrai. Ils sont parfaits dans les rôles principaux et leur complicité est simplement indéniable, ce qui demeure établi avec une certaine ironie puisque le film joue sans cesse sur ces anicroches qui semblent les éloigner.

De son côté, Winslet ajoute une corde de plus à son arc, une autre grande performance qui lui aura valu son deuxième Golden Globes (lors de la MÊME soirée!). À mi-chemin entre son personnage de femme en détresse de Little children et de rêveuse impulsive de Eternal sunshine of the spotless mind, elle impose regrets. Magnifique.

Du sien, Leonardo DiCaprio livre carrément une de ces meilleures performances (une autre honte que l'Académie ne la mentionne pas). Puisqu'on doit se l'avouer, cela ne fait pas longtemps que Leo a commencé à avoir l'air d'un homme, d'un vrai. Disons que ce changement s'est effectué lorsqu'il a joué pour Scorsese dans The Departed, depuis, un DiCaprio plus dur, plus vrai se montre à nous. Dans Revolutionary road, il est le double de Kate tout en semblant s'en éloigner à chaque instant. Il aimerait tant voler de tout son être, mais ces pieds refusent de quitter terre.

Pour le reste? C'est accessoire, carrément, et c'est tant mieux. Le film n'est centré que sur nos deux protagonistes pour mieux y effectuer notre observation. Leurs voisins ne deviennent plus qu'une étude comparative pour démêler qui a tort de qui a raison et d'illustrer à quoi ressemble des êtres entièrement dévorés par ce rêve perdu, mais sans cesse chamboulés par le désir et l'envie de ce qui semble si parfait, si vert sur l'herbe du voisin. L'agente immobilière (Katy Bathes) et son mari s'offre comme un couple grugé par le temps où la femme cherche à satisfaire ses propres désirs chez ses acheteurs alors que son fils s'impose comme l'ultime vérité face à nos protagonistes (sûrement le côté le plus troublant, inquiétant et intéressant de l'histoire). Bref, tout découle dans cette direction, tous personnages secondaire ne sont là que pour asservir les besoins, les désirs, les réalités, tout ce qui peut bien flotter autour de l'univers déchu de notre couple vedette ou encore de mieux illustrer les propos. Même leurs propres enfants s'effacent au point où de les voir ou pas ne s'imposent même plus comme une réflexion ou un bémol.

L'univers, l'ambiance, l'atmosphère n'est pas nécessairement sombre, mais elle est grisée par le temps, lourde avec constance. Conservée. Gardée. Elle impose une boule de malaise qui ne veut pas quitter notre gorge, de dénouer le noeud qui se forme dans notre estomac tout au long du film. Les images sont belles, magnifiques, si tristes, si sobres. Alors que la musique de Thomas Newman capture avec aisance tout ce qu'il faut pour conserver le ton que le film impose. Sa sonorité unique, particulière et reconnaissable a certainement sa place ici (on est loin de Wall-e cela dit).

Malgré les rares instants de bonheur, face à la force de l'espoir que la simple idée de déménager en France puisse évoquer, le film demeure d'une rare tristesse. Imprégné de mélancolie et de nostalgie. Les flashbacks sont peu nombreux et toujours choisis avec justesse. C'est ce qui est beau, on ne sait pas grand chose du passé, mais il est possible de tout imaginer: les débuts, le commencement et de se l'imager en contraste avec la réalité, rend l'expérience encore plus crève-coeur.

Point final: cette adaptation du best-seller de Richard Yates (que je n'ai pas lu, mais que j'ajoute à ma pile de livre, tout comme The reader de Bernard Schlink (Autre adaptation mettant en vedette Kate Winslet)) est possible grâce à Sam Mendes. Non seulement partenaire de vie de Kate Winslet, mais aussi celui qui nous a offert le drame de guerre inhabituel Jarhead et bien sûr l'inoubliable American Beauty qui s'attaquait lui aussi au faux-rêve de la banlieue. (Je ne peux pas commenter Road to perdition que je n'ai malheureusement pas vu, mais je ne doute aucunement de sa pertinence.) Sa réalisation est simplement magnifique et tout ses choix lui ont permis de donner au final un film d'une grande perfection, mais d'une grande lourdeur aussi.

Un portrait magnifique où Mendes arrive à pousser encore plus loin la réflexion sur les banlieues. À un niveau beaucoup moins humoristique que son propre American Beauty ou le Happiness de Todd Solondz, ma dernière critique.

En somme, poussée par des interprétations magnifiés par une distribution parfaite, appuyée par une équipe d'enfer du point de vue technique et démontrant autant avec pourtant si peu, Revolutionary road s'avère être un drame d'une beauté chavirante à qui voudra bien se plier à la vérité. Sublime et fortement recommandé.

4½/5 Jschartrand

MENDES, Sam. Revolutionary road. 119 min., son, couleurs, Etats-Unis, Royaume-Unis, 2008.